19.06.06 / 17:47

Grat grat grat

Alors j'étais très en colère après l'exmoureux (et tu t'en es un peu rendu compte l'autre jour). Alors j'ai d'abord voulu expectorer un peu tout ça. Mais c'était une erreur, ce qu'il faut, c'est explorer.

Alors ça ne se fait pas en une fois. La voix de Madame Yoga me guide doucement. Je vais chercher ma colère pas à pas, tout doucement. Je lui caresse le menton pour qu'elle se tienne tranquille. Grat-grat-grat. Il faut qu'elle ronronne. Après elle est à point, et on peut se regarder. Et se parler. Et faire connaissance.

Yoga. Allongé. Yeux fermés. Juste le souffle. J'entre à l'intérieur. Grat-grat-grat. La colère, une fois qu'elle a confiance, tu en fais un peu ce que tu veux. Pas trop non plus, ça se manie avec précaution. Mais vu qu'elle ronronne, t'as moins peur. Si tu regardes bien, elle sourit. Même une grosse colère, au fond, c'est pas si méchant que ça en a l'air. Grat-grat-grat. Encore un peu. Plus je gratouille, plus je me calme.

Quand tu es très en colère, tout ce que tu vois, c'est un truc sombre et envahissant. Ca emplit l'espace. Ca fout les jetons, et plus tu balises, plus ça grandit. Quand tu lui fais grat-grat-grat, tu vois que c'est juste l'ombre portée d'une toute petite bestiole de merde. Changer de perspectives.

Il y a la voix de Madame Yoga à laquelle je m'accroche, et mon souflle, et mon corps allongé. Et tout ça se lie, se mélange. Avec l'habitude, ça se fait de plus en plus facilement. Il y a la colère, mais elle n'a plus le contrôle. Je gratouille, elle se laisse faire. Elle n'attend que ça de toute façon. Elle sussure "je t'ai bien eu encore, hein ?" Moi, j'ai deux ou trois trucs à lui dire quand même, des questions à poser. Elle a confiance, elle répond. Ce n'est pas très compliqué tout ça. Une fois calmée, elle arrête de me faire prendre des vessies pour des lanternes.

Quand Madame Yoga te dis que tu peux ouvrir les yeux, le monde a un peu changé autour. Parce que tout est revenu à sa place. Parce que l'écran de fumée a disparu. Parce que ta vie, elle est très jolie, et que quand tu perds contact avec cette information essentielle, il n'y a qu'une chose à faire. C'est pas hurler. C'est pas se venger. C'est dire les choses avec autant de simplicité que possible. Tout va bien. Plus de colère.

The Ditty Bops - Walk or ride
The Ditty Bops - Walk or ride

But I'm feeling quite confused by the people who refuse to see
A simple way of life don't make you the loser
They say we won't make it far if we don't drive there in a car
But we'll be there with time to spare and find our own way home

15.06.06 / 17:14

Pour solde de tout compte

Je ne t'appelle pas (et je ne décroche pas quand tu le fais), parce que je n'ai pas envie (de te parler, de t'écouter, de donner des nouvelles, d'en prendre). J'en conclus que je n'ai rien à te dire. Et je confirme ton impression : ton message de la semaine dernière était vraiment d'un goût douteux. Ca m'aurait sans doute exaspéré si ça ne m'avait pas fait rire (et s'il n'était pas dans la droite ligne des échanges que nous avons eu jusqu'ici). Je te savais inconséquent, mais atteindre un tel degré frôle l'invraisemblable.

J'ai mis beaucoup d'énergie à essayer de te trouver des excuses ces derniers mois (pour tes remarques blessantes, ta légèreté, ton inconstance, ton manque d'empathie, ton dilettantisme, ton égocentrisme façon bulldozer etc.) Et là je lâche l'affaire, j'en ai ma claque de tes mails vides, de tes messages youpilala. Le monde merveilleux des bisounours, c'est du pipeau, et surtout ce n'est pas ma tasse de thé. Je n'arrive pas, en dépit de mes efforts en ce sens, à te pardonner (pas notre rupture, on s'en fout maintenant, mais les à côtés). Et je me rends compte, également, que rien ne m'y oblige. Tout bien réfléchi, ce n'est pas à moi de faire des efforts et de ton côté tu ne sembles pas en avoir la capacité et/ou la volonté.

C'est peut-être un peu brutal, mais dis-toi bien que j'édulcore (et le fond, et la forme) afin de rester aussi courtois que concis. J'ai bien pire à te servir si tu insistes. Je ne peux pas être ami avec toi, les relations médiocres sont toxiques. Je mérite (et j'exige) mieux.

J'aurais pu l'assassiner comme ça. J'ai hésité, longtemps, à cliquer sur envoyer. Je suis plutôt allé m'acheter des clopes. Le sevrage me rend dépressif. Et un tantinet agressif. Je suis un garçon très if. Next time, maybe.

Tunng - Tale from black
Tunng - Tale from black

10.06.06 / 14:56

Il n'y a pas de rendez-vous, il n'y a que des hasards (merci de ne pas fumer pendant la lecture de ce billet)

Alors j'arrête encore de fumer, et ça me prend comme une envie de faire pipi. Plus de clopes, je me rends vers le tabac, mais il y a une pharmacie juste avant et j'ai comme une impulsion idiote. J'en ressors avec des pastilles à faire fondre sous la langue, qui arrachent un peu mais qui me nicotinent le sang. J'en ressors aussi avec mini sermon de Madame Apothicaria, plutôt efficace sauf que je regarde son bras cassé pendant qu'elle me dit ses trucs, du coup je fais un peu moins gaffe. Et puis je pense que je vais être énervé, mais qu'il n'y en a que pour quelques jours. Et que je vais faire des rêves bizarres, mais vu que cette semaine j'ai rêvé deux fois de l'exmoureux, autant faire des cauchemars à la place. Parce que là, chaque fois, il tentait de me faire le coup du revenez-y mon brave je peux me coller à vous vous caresser le bras tenter de vous attirer à moi anything to make you fall again. Ce qui n'avait rien d'agréable, tout bien réfléchi, d'ailleurs je l'ai envoyé paître systèmatiquement non mais qu'est-ce que tu crois tu me vires tu reviens ça fait cinq six sept fois je sais plus d'ailleurs que tu me fais le coup et moi je fais bêêêêh je suis le petit mouton trop content mais non tu vois ça marche pas maintenant fous le camp dégage décolle-toi.

Mes petites pastilles, finalement, ça marche bien. Je sais c'est rien, ça fait 24 heures, c'est pas là le plus dur, c'est la semaine prochaine. Mais je suis discipliné, et puis je bois de l'eau comme un trou pour éliminer les toxines. Du coup, je passe mon temps à faire pipi par ci, pipi par là. Tu te dis on s'en fout, mais tu vas voir, j'ai un plan, tout s'enchaîne.

GrrrrHier soir, en sortant du métro, je vois que j'ai un message sur mon téléphone, et je trouve ça bizarre parce que je l'ai eu dans ma poche toute la journée, j'aurais dû sentir vibrer la bête. Alors j'écoute, et la voix dans l'oreille c'est l'exmoureux qui a dû trouver un taxiphone dans la fosse à baltringues, bien ma veine. ça fait longtemps dis-donc [oui c'était un peu fait exprès] et puis c'est bientôt ton anniversaire [lundi pour être exact, vous êtes fort sagace] et je sais plus la date [votre mémoire est facétieuse] mais je vais chercher [à droite au fond du couloir] et je te rappelerai [c'est ça, plutôt à ce moment là] et puis on pourrait se voir si ça te dit [ho oui, passons encore une heure sans rien avoir à se dire, j'en rêve]. Le mot connard m'a traversé l'esprit, mais houlala c'est mal de penser ça. C'est la faute au sevrage, ça me rend un peu agressif. Faut pas le prendre personnellement.

En voyant l'heure de l'appel, 19h02, j'ai compris pourquoi je ne l'avais pas senti vibrer. C'était la fin du boulot et je faisais mon milliardième pipi de la journée, celui de juste avant de prendre le métro pour pas trépigner pendant le trajet. C'est le seul moment où le téléphone n'est pas collé à ma cuisse. Je ne t'ai pas répondu parce que je pissais mes toxines. Pas de rendez-vous, que des hasards. En arrêtant de fumer maintenant, vous évitez un coup de fil à la con. C'est ça qu'il faudrait écrire en gros sur les paquets de clopes, ça marcherait mieux.

On se balade avec M. Tourtel le long du canal, et je lui raconte un peu l'histoire. Et comme c'est pas la moitié d'un con, il me dit des choses très biens senties sur le sujet, et de fil en pelote nous avons abouti à l'évidence suivante : j'attends vraisemblablement de l'exmoureux qu'il me dise je ne t'en veux pas. Ce qui est un comble j'en conviens, quand on est celui qui s'est fait plaquer sans la moindre élégance, mais je commence à être habitué aux méandres belliqueux de mon inconscient. C'est contre moi que je dois lutter, il serait temps que j'arrête de me tromper de cible.

Et à part ça, ne me proposez donc plus de cigarettes. Donnez-moi plutôt de l'argent.

Barbara Carlotti - De l'argent
Barbara Carlotti - De l'argent

03.06.06 / 16:22

How much can you take (before you snap) ?

La guerre des mémés aura-t-elle lieu ? Oui parce que bon, Madame Aurevoâreuh n'est plus la seule à me faire de l'oeil. Il y en a une autre depuis quelques jours. Une vraie maminette ce coup-ci, le cheveu long et gris planqué sous un immense fichu, le manteau en laine, le visage harmonieusement fripé, la canne. Tout l'équipement d'usage, avec en plus un sourire, là encore, qui me fait chavirer. Et pas timide avec ça, quand elle entre, grand signe des mains (un jour, elle va assommer quelqu'un avec sa béquille si elle continue.) Quand elle sort, pareil. Un régal.

Parfois, Mémé Fichu-béquille me parle. Et là, c'est un grand moment de nawak en poudre. On n'arrive pas à se décider, mes co-workers et moi. Est-ce qu'elle est étrangère, ou juste démente, incohérente, mi-aphasique ou que sais-je ? Aucune idée. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne la comprend pas. Rien, que dalle, pas un mot. Mais on lui sourit, à fond, tout ce qu'on peut. Du coup elle est contente, et nous aussi. Tout le monde se sourit, heal the world, make it a better place. Ouais.

Mais tout bien réfléchi, pas tant que ça. Ma journée n'est pas émaillée que de papys un peu pète-burnes mais rigolos et de mémés asthmatiques mais avenantes. Non. L'autre moitié du contigent, c'est des ados. Et j'en étais pas très sûr jusqu'ici, mais je crois que maintenant je peux le dire sans me tromper. C'est une population que j'abhorre. Je ne sais pas comment leur parler, je ne sais pas quoi en faire. Ca me rendrait presque malade tellement je me sens incapable avec eux.

Et je crois que je commence, doucement, à mettre le doigt sur ce qui ne va pas. C'est ma propre adolescence que j'abhorre. Je ne m'aime bien que depuis l'âge adulte (et encore). Quand j'ai affaire à eux maintenant, je me retrouve face aux petites crevures qui m'ont harcelé à cet âge là. Et ce qui guide mon comportement (et mon malaise), c'est le besoin de revanche. C'est injuste, et pour eux, et pour moi. C'est le signe que je n'ai pas tout réglé (mais ça, j'étais au courant, merci). C'est le signe que, sans doute, il est temps d'appeler le pote de Mâme Sigmund, dont elle m'avait amoureusement laissé les coordonnées avant mon départ.

Mais je traîne, j'essaie de me prouver des trucs et des machins. Ca ne marchera pas, évidemment que je le sais. Combien tu crois que je peux encaisser avant de craquer ?

Yonderboi - Before you snap
Yonderboi - Before you snap