29.09.06 / 17:00

Jim Morrisson habite en face

Je n'écris pas parce que ma plume est sèche. Je n'écris pas parce qu'un appartement m'est tombé dans les mains. Je n'écris pas parce que j'ai de la chance, toujours, et que ça me surprend à chaque fois. Je n'écris pas parce que je joue à Bree van de Kamp avec mes gants mapa.

Une heure et demie. Ma sinusite, mon anticalcaire, et moi, dans la salle de bain. Frotte. Gratte. Rince. Refrotte. Regratte. Rerince. Une forme de mouvement perpétuel. De temps à autre, je vais aérer mes sinus à la fenêtre de la cuisine (et fumer une clope pour entretenir l'infection, sinon c'est pas drôle). Et elle est bien cette fenêtre, parce qu'en me penchant un tout petit peu, à peine, je vois le père Lachaise. Ca devrait faciliter ma prochaine dépression (oui, parce que pour payer le loyer, il va falloir que j'arrête de fumer. C'est aussi simple que ça. Et tu sais ce que ça fait quand j'arrête de fumer. Hin, hin, hin.) Mais pas tout de suite. Je vais d'abord passer le parquet et les tomettes à l'huile de lin. Ma névrose ménagère est à son comble.

Je n'écris pas parce que tout ça, tout ça.

The Puppini Sisters - Heart of Glass
The Puppini Sisters - Heart of Glass

Souviens-toi, il y a quelques temps, je te mettais une reprise de Kate Bush par les mêmes. Pour m'apercevoir, une fois l'album en main, que je n'avais qu'une version tronquée. C'est corrigé, et tu peux l'écouter in extenso par là. Aujourd'hui, elles reprennent Blondie. Bien mieux que Nouvelle Vague ne l'a fait, mais ça n'est que mon avis.

27.09.06 / 17:58

Interlude musical

Oui. Oui. Oui. Je sais. Bientôt. Très vite. Ca va pas tarder. Un truc à faire et hop. Merci d'être passé. Revenez demain (ou après demain, hein, moi et les délais, humpfh).

Betty Carter - Open the door
Betty Carter - Open the door

12.09.06 / 13:41

Julie ne connaît pas le paracétamol

Il fait sombre parce que la lumière te fait palpiter les tempes. C'est comme ça tous les jours, tu te réveilles et ça t'élance. D'abord au-dessus des sourcils. Ensuite la douleur se diffuse, tu sens ton coeur battre dans ta tête. Tam-tam. Toum-toum. Boum-boum. De plus en plus fort. De plus en plus partout.

Tam-tam. Nous sommes les soeurs Céphalée. Nous t'empêchons de travailler. De sortir. De respirer. Nous passons devant tes yeux. Fugaces. Papillons aux ailes tranchantes. Par instants, tu crois pouvoir nous dénombrer. Idiote. Tu ne sors plus de chez toi. Antoine est parti vers un ailleurs éblouissant. Chaque nuit, sans faillir, tu rêves de lui. Idiote. Au matin, juste avant le lever du soleil, quand tu te réveilles le souffle coupé, nous sommes là. Fidèles. Compatissantes. Nous sommes tes soeurs de chagrin. Nous t'empêchons d'oublier.

Toum-toum. Raconte-nous. Le cauchemar de cette nuit. Ca va te faire mal, mais nous sommes là pour ça. Ta souffrance et notre existence, tu vois, c'est un peu-beaucoup-complétement lié. Qu'est-ce qu'il faisait ? Qu'est-ce qu'il disait ? Les détails. Ne lésine pas sur les détails. Nous voulons lécher tes plaies. Nous voulons ton sang épais épuisé étalé. Nous sommes un peu dures avec toi, mais c'est pour notre bien. Alors ? De quelle explication s'est-il fendu cette fois ? Est-ce que tu l'as giflé ? Frappé ? Attaché au radiateur ? Hâché menu ? As-tu fait craquer sa nuque comme il y a deux jours ? Ou es-tu encore tombée dans la facilité des larmes infinies ? L'as-tu supplié de rester comme souvent ? Idiote.

Boum-boum. Nous sommes tes compagnes d'effondrement. Nous pressons le haut de ton crâne avec nos mains fines et étonnament puissantes. Tu te débats parfois, puis te rappelles que nous en devenons plus grandes. Le matin. Tu halètes. Il t'a tuée, ce n'est pas la première fois. Des balles sortent de sa bouche et te traversent. Un peu partout. Criblée. La douleur. Il t'a tuée, mais tu te réveilles, et c'est là le plus dur à supporter. Nous sommes les soeurs Céphalée et nous nous repaissons de tes écoulements. Tu ne luttes presque plus. Tu pleures à longueur de temps. Idiote. Idiote.

Nous te laisserons sans doute un jour. Exsangue. Pâle. Rétrécie. Les yeux secs. Nous ne t'aimons pas vraiment. La faiblesse nous révulse autant qu'elle nous nourrit. Mais nous irons voir Antoine, nous deviendrons les soeurs Réminiscence. Ca sera comme un flash, nous dissiperons la brume dans son front. Il va penser regrets pourquoi julie belle drôle ses seins sa langue lui lire apollinaire ne pas tout comprendre blottis alanguis le goût du sel sur son bras. Et quelques autres choses encore. Il perdra le contrôle de sa voiture. Ce sera notre façon de te remercier. Et nous n'entendrons plus parler de toi. Nous avons d'autres idiotes à fouetter.

Rachel des Bois - La berceuse du lâche
Rachel des Bois - La berceuse du lâche

Ce billet a plusieurs sources (outre le morceau ci-dessus et quelques bouts de vécu - ancien - du dedans de moi) Le nom Céphalée apparaît chez Coquecigrue à quelques reprises (je ne sais plus sous quelle plume). J'ai piqué sans vergogne parce que c'est joli (et que les synonymes de Migraine ne courent pas les rues). Je lis des nouvelles de Poppy Z. Brite avant de me coucher. Ca donne des rêves, hum, facétieux, tu vois, et une tonalité étrange quand j'ai envie d'écrire. Et sûrement d'autres pillages, mais parfaitement inconscients.

05.09.06 / 13:38

Fight the real enemy

Ce que je vois, moi, c'est une grande logique dans ce que vous dites. Tout est très clair, tout est très juste, tout est en accord avec ce que vous êtes. Il y a des violences que vous ne pouvez plus vous faire maintenant. Jeanne Signoret m'assène ça calmement. Calée dans son fauteuil, toujours le sourire, toujours les yeux plissés. Je viens de dégoiser pendant une demi heure sur mes angoisses du moment. Qui n'ont pas lieu d'être des angoisses. Elle dit ce qu'il fallait me dire, et j'aime bien que ce soit une professionnelle des neurones emmélés qui me le balance. J'ai juste besoin qu'on me rassure un chouïa, finalement.

Alors j'arrive au travail ce matin, c'est ma rentrée, je suis bronzé et on me complimente. Mais j'ai des choses à dire. Une fois que j'ai fini de raconter mes Cyclades, je dis le reste. Les têtes se baissent, mais tout le monde sait que j'ai raison. On pensait juste que je n'allais pas le sortir. Et pourtant ça sort, et je dis "je veux que", et les yeux restent rivés sur la moquette, on fait comme si. Un peu plus et ils se mettraient à sifflotter négligemment tirouli tiroula on entend pas tourouli tiroulette on entend rien c'est chouette. Mais j'ai raison, c'est imparable même si ça ne leur sied pas. Ils courbent la nuque, mais je sais qu'ils ont capté le message. Et je devrai le répéter demain, et après-demain, et les jours d'après. Jusqu'à ce qu'ils abandonnent. Ca ne sera pas une victoire, juste le retour de la logique.

Il y a des violences que je ne me ferai plus. Et je ne te parle pas que du boulot.

Pascale Borel - J'ai des copains
Pascale Borel - J'ai des copains

Ce petit morceau qui dit bien ce qu'il veut dire pour répondre, solidaire, à cela. Et comme ça manque un peu de fight par ici, je vais en plus te balancer une tartine qui va me faire valoir des regards courroucés grave. Je suis contre le mariage (hétéro, homo, whatever). Vraiment contre. C'est une survivance archaïque obsolète, un outil de subordination de plus. Et pas la peine de me demander de m'expliquer là-dessus, je suis parfaitement d'accord avec cette opinion que je partage avec moi-même. Je suis par ailleurs, contre le modèle parental que nous utilisons. Je crois que la famille "de sang" est une erreur, une source de névrose et de conflits. Je crois que la société irait (peut-être) beaucoup mieux si nous élevions nos enfants de façon collégiale et non en se basant sur la famille nucléaire qui n'a décidemment pas fait ses preuves. Oui, je dis nos enfants, et c'est à dessein. Oui, c'est sans doute légèrement crypto-communiste, et je m'en félicite. Et permettez-moi d'en rester là sur mes petites convictions à moi que j'ai, considérons ce qui précède comme une chtite parenthèse.

Mais voilà. Le mariage existe, la famille est le modèle dominant, et moi, je suis, avant tout, pour l'égalité des droits. Je veux que les étrangers qui vivent en France puissent voter, même si je ne suis pas étranger. Je veux que les transsexuels puissent changer leur état civil pour être en accord avec leur sexe choisi, même si je suis très bien en garçon, merci. Je veux que les pédégouines puissent se marier, adopter, divorcer, se battre pour la garde des gosses et la prestation compensatoire, même si c'est une chose que je refuse à titre personnel (et sur laquelle, par dessus le marché, je me réserve le droit imprescriptible de changer d'avis si ça me chante). Je veux que Sarkozy ferme sa gueule. Je vais enfoncer deux ou trois portes ouvertes, tenez vous le pour dit : ce type ment, ce type manipule, ce type démagogue à tout va, ce type est une entité diabolique créée par les raëliens, ce type nous ménera droit à la catastrophe (sociale, économique, politique, idéologique). Et qu'on arrête de me dire que la droite et la gauche c'est pareil. Parce que putain de bordel de merde, non, c'est pas pareil, et il faut être le dernier des demeurés pour ne pas s'en rendre compte.

Quant au titre du billet, je rappelle pour mémoire ceci. Rendons à Xéna la Guerrière Sinead O'Connor ce qui lui appartient. Et pour ceusses que mes prises de position labellisées "à la con" font bailler, retour dès le prochain billet de mes états d'âme "à la mord moi l'noeud". Et je sais que je viens d'inventer le verbe démagoguer qui est très laid (mais qui lui va si bien). Et je tiens à signaler que ce billet ne serait rien sans les corrections orthographiques fort à propos du tubercule maudit.

01.09.06 / 17:26

Quand je reviens, tout est pareil (mais pas vraiment)

J'étais bien un peu partout. Même le deuxième soir, quand on s'est rendu compte qu'il n'y avait strictement aucune chambre de libre à Folegandros. Et qu'il était vingt et une heures. Et qu'on s'était tapé cinq heures de bateau dans l'après-midi. Je n'ai pas trop paniqué. C'est pourtant plutôt mon genre, à la base. Mais mon fiancé ne s'est pas démonté. Moi je me gavais de souvlakis, et on voyait les autres touristes courir avec leurs sacs à dos, pas fiers non plus. J'ai même pas attrapé mes pastilles du bonheur, celle de la veille, pour l'avion, devait encore moléculer un peu. Pendant que j'ingurgitais, il a passé trois milliards de coups de fil (au moins). Et on a repris le bateau à deux heures du matin, vers Ios. On est arrivés à quatre heures, et on était bien.

On a été bien un peu partout. A Ios, donc, pas prévue au programme pourtant. A Santorin après. Prévue, elle. Trop de monde. Mais ça valait le déplacement. A Paros ensuite, choisie un peu au hasard. Deux jours complets à ne rien faire, juste nous, la plage, la crème solaire. Dans une pension délicieuse, chez une logeuse qui l'était tout autant. Jamais vu autant d'attentions pour le client, autant de délicatesse. Ca a réactivé mon vieux machin caché derrière les neurones, celui qui dit qu'un de ces quatre, je vais aller tenir un hôtel et que je serai bien.

Et Athènes, bordel, Athènes. Je peux même pas te dire à quel point on y a été bien. En dépit de la chambre un peu pouilleuse-samère un peu tropchère-sarace. En dépit des sacs à merde de taxis qui se foutent de ta gueule. Le taxi, il ne s'arrête pas pour toi, tu vois. T'es sur la chaussée, et tu lui gueule ta destination pendant qu'il ralentit à ta hauteur. On la fait plein de fois, en se relayant. Après quatre nouvelles heures de ferry. Monastirakiiiii ? Le taxi soupire et accélère. Monastirakiiiii ? C'est limite s'il te balance pas des cailloux dessus tellement ça l'intéresse pas de t'y amener. Y en a un qui a dit oui, il a mis les bagages dans le coffre. On est montés à l'arrière. Et puis deux minettes allaient plus loin, alors il a ressorti les valises et nous aussi. Monastirakiiiii ? (on a fini par y arriver. Une heure après. Mais crois-moi ou pas, même ça c'était bien. En fait.)

oui, c'est moi, non je n'ai pas changéAujourd'hui, à Paris, j'étais dans une brasserie. Derrière moi, après la vitre, il y avait Laurence Parisot. On la voit pas sur la photo, c'était pas facile de viser avec ma discrétion légendaire. A la place, je t'offre mon cou, prends-en soin. Comme moi, elle avait trop gobé de soleil, la Laulau. La peau de sa nuque était craquelée. Ca m'a pas fait comme avec Marcela, ou alors pour lui dire j'aime pas du tout ce que vous faites. Et cracher dans son plat. Mais les célébrités n'aiment pas qu'on fasse trop attention à elles, alors j'ai juste mangé mon croque-monsieur. A côté de mon monsieur à croquer. Monastirakiiiii ?

Autour de Lucie - Je reviens
Autour de Lucie - Je reviens