24.10.06 / 14:48

Avec la clef anglaise dans la bibliothèque

Comment te dire, la lassitude quand je lui dis la bibliothèque est en train de fermer, il faut revenir tout à l'heure et qu'il me répond bouffon tu vas voir si elle est fermée je suis chez moi ici. Comment te dire l'immense ennui qui s'empare de moi quand il fait dépasser sa bombe lacrymo de la poche de son pantalon en disant tu vas voir comment tu va pleurer si je m'énerve. Comment te dire l'envie de lui coller mon poing dans la gueule, il me menace, je pourrais me lâcher sur lui, je sais que c'est pas un tendre, je sais qu'il va répliquer, des coups de pied dans tous les sens. Comment lui dire je m'en fous de ta vie, je sais que tu dors dehors, que tes parents t'ont viré, que tu prouves des trucs là comme ça.

Comment expliquer j'ai de la peine pour toi mais ô combien plus pour moi obligé de me farcir tes discours ta violence ton mal-être ton besoin d'autorité je ne suis pas ton père ni ton éduc juste le bibliothécaire sous-payé que tu agresses pour grandir un peu je t'emmerde tu m'emmerdes. Je fais barrage, je le bloque dans l'escalier, je ne dis rien, je l'oblige à descendre, pas à pas, j'ai envie qu'il trébuche qu'il se fracasse je vois sa tête qui saigne et on est débarrassés de celui-là.

Comment te dire, j'aurais presque aimé qu'il appuie sur sa bombe quelques secondes. J'aurais eu les yeux qui piquent et un arrêt maladie pour mon plus grand bien. Je fatigue là, ça commence à se voir et le gamin paumé j'en ai rien à carrer. On va t'attendre à la sortie avec mes potes et tu vas regretter d'avoir fait le fou. Et il m'attendait, en donnant des coups de pieds dans les vitres et en tapant à la porte mais il était tout seul et il a recommencé à parler à jouer avec sa lacrymo faut pas m'énerver moi. Comment te dire, l'épuisement nerveux ou je ne sais quoi, j'avais des images très précises dans la tête ma jambe levée prestement mon pied qui tape fort son visage qui grimace. J'avais envie de le cogner de lui péter les dents de lui hurler mais qu'est ce que tu m'emmerdes toi là fout le camp de ma vie sors de mon chemin tu me gènes le passage.

Comment te dire, j'ai chassé mon film intérieur, je ne tape pas les gens, et j'ai dit ta gueule maintenant et je suis parti acheter mon déjeuner. Il en est resté pétrifié de stupeur et il s'est barré comme il était venu. Mon arrêt de travail, c'est pas encore pour cette fois.

Comment te dire, je suis à bout de patience, de fatigue, de dépression, d'envie, d'ennui. Donnez-moi un flingue et un nounours à câliner, je veux faire comme la petite fille du clip. Moi aussi je suis mort depuis un paquet de temps, personne n'avait pensé à me le dire, c'est tout.

Tunng - Fair Doreen

18.10.06 / 17:18

Don't ask, don't tell

Je pourrais, sans doute, utiliser une fois de plus le masque délicieux et si seyant du touvabien. Je l'ai patiné, toutes ces années durant, et je le porte sur mon visage poupin (ben tiens, quelqu'un y croit ?) quand le besoin s'en fait sentir. Je pourrais, certainement, l'accrocher sur ma face le matin, et ne le quitter que le soir, au moment où je me brosse les dents. Je pourrais, c'est évident, faire comme si.

Ou choisir l'autre option. Te dire ce qui se passe dans ma tête ces temps-ci. Je pourrais tenter aussi. Mais c'est trop rapide. Encore trop confus aussi. Ca va. Ca vient. Je met le doigt sur. Des trucs. Des noeuds. Des machins. Jeanne S. rigole. Et me fait rire. Et me fait pleurer. J'ai la larme facile en ce moment. Une crise par jour. Légère. Rapide. Ca passe vite. C'est comme une purge. Un trop plein de moi qui s'échappe.

Et tous ces détails que je n'écris pas. L'indicible. L'infaisable. Mes facettes.

C'est décousu. C'est incompréhensible. Je sais. Moi-même je n'arrive pas à me suivre tout le temps, alors tu penses bien. Mettre en mots. Ponctuer. Arranger. Aligner. C'est momentanément au-delà de mes capacités.

C'est la dépression saisonnière, je l'ai déjà dit. C'est pratique ce terme, hein ? C'est pas grave, ça ira mieux avec le beau temps, ou même quand l'hiver sera franc. C'est l'entre deux qui fout tout en l'air. Presque. Je crois, néanmoins, si tu me permets de nuancer mon propos, que je suis en dépression saisonnière toutes les trois semaines. Ca fait beaucoup. Genre, dix-sept saisons dans l'année. Et c'est là tout mon génie : je réinvente le calendrier (et le jardinage) par le pouvoir de mes humeurs.

Et pourtant, ça va. Je ne sais même pas comment l'expliquer. Mais je te jure qu'au fond, si je regarde bien, je ne suis pas aussi malheureux que j'essaie de me le faire croire.

Dorval - Ne me demande rien
Dorval - Ne me demande rien

11.10.06 / 17:43

Jeanne S. aura ma peau

Jeanne S. ne me lâche pas, la chienne, et en plus je la paye pour ça. Le plus énervant dans l'affaire, c'est qu'elle est forte. Elle me dégomme à tous les coups. Elle sort mes lapins morts de son chapeau magique, abracadragroumph. Je lui dis l'isolement de ces dernières semaines. Je me suis recroquevillé compulsivement, pas écrit, pas appelé, pas répondu. Elle dit scregneugneu nécessaire, non ? Je lui dis la migraine larvée depuis quinze jours, la crise qui ne se déclenche pas mais toujours derrière la nuque. Epaisse. Gluante. A l'affût. Elle dit scregneugneu c'est donc juste après m'avoir parlé de la relation à votre père ? Je pourrais hurler, je pourrais lui balancer mon fauteuil à travers la figure, et puis la piétiner, et puis lui dire et ça hein, c'est juste après quoi ?

A la place je chouine. C'est encore là que je suis le plus fort. Et je dis mouiche-snurgle-cévré. Et des migraines, d'ailleurs, j'en ai depuis que. Mais si, tu sais. J'ai pas envie de redire le mot. Parfois je peux, là non. Suisse. Idée. Et toc, je m'en sors par la pirouette. Sauf que je suis fort en névrose, mais pas en gym. C'est la réception après la figure qui pose problème.

Et je dis l'impossibilité d'aller sur la tombe, 20 ans après. Pourquoi, puisque vous en avez envie ? Parce que si j'y vais, je vais lui parler. Je ne suis pas certain d'être prêt. A parler à du granit. A considérer sa mort comme un fait tangible. A abdiquer. A pardonner. Ca viendra, à un moment ou a un autre. J'irai au cimetière, et je lui dirai c'est bon, tu peux y aller maintenant, je n'ai plus besoin de t'en vouloir. Mais c'est encore un peu nécessaire de mêler ma rancune à mon amour. Je ne sais pas dissocier les deux. Je t'aime. Je t'en veux. Tu m'as manqué. J'avais besoin. Je n'ai pas su. J'ai fait comme j'ai pu.

Jeanne S., heureusement qu'il y a son sourire.

Yonderboi - Soulbitch
Yonderboi - Soulbitch

07.10.06 / 14:59

Jamais sans ma vrille (billet décousu)

Toujours sec. Toujours en panne. Toujours pas totalement installé. Toujours là. Toujours ailleurs. Toujours pas internet dans mon placard. Toujours des morts en face.

Toujours pas la télévision. Alors je me remets à la radio, aux Sim's, à Buffy. Et je me mets tout court à Weeds.

Toujours pas de machine à laver. Ni de panier à linge, d'ailleurs. Comme des cafards, slips et chaussettes en attente de lavage se répandent. J'attends de ne plus pouvoir fermer la porte de la salle de bain pour me décider à intervenir. Mon plancher craque quand je marche. Mes voisins sont de gentilsjolisgens qui viennent me souhaiter la bienvenue dans l'immeuble. Je kiffe un peu ma race, comme on dit. Quand j'allume la plaque de cuisson du bas, ça disjoncte. Quand je fais la vaisselle, je m'assomme une fois sur deux contre le ballon d'eau chaude. Même pas grave.

Toujours Jeanne Signoret, psychanalyste de ma cause perdue. Qui rigole et tousse et sourit et parle et questionne et me pousse à sortir de moi ces trucs, ces machins, ces cancers, ces raccourcis, ce qui ronge le dedans quoi que j'y fasse.

Toujours les adobêtes. J'ai fini par arrêter les chuuuuuut et les silence s'il vous plaît. Je me suis levé. Je me suis tenu droit. J'avais les mains dans les poches, comme ça on ne voyait pas qu'elles tremblaient. Et je les ai mis dehors. Il paraît que j'avais l'air très impressionnant (ce qui paraît improbable quand on connaît mon gabarit). Il paraît que j'avais l'air très déterminé. Il paraît que je faisais presque peur. Et le lendemain pareil. On va vous couper la tête monsieur. Ta gueule. On plaisante monsieur. Pas moi. Ca fait un paquet de temps que j'ai arrêté de déconner.

Barbara Carlotti - La vérité des astres
Barbara Carlotti - La vérité des astres

Oui, encore elle, toujours elle, j'y reviens à tous les coups. D'ailleurs, je crois que je suis amoureux d'elle, ça me rend monomaniaque. Et puis, c'est surtout un petit cadeau pour quelqu'un qui consulte un peu trop son horoscope ces jours-ci. Et je promets, dans avenir proche, de changer un peu de chanteuse. Dès qu'on m'aura mis des trucs potables dans les oreilles, parce que là, hein, bordel, féchié. Et dès que ma dépression saisonnière aura été terrassée par le millepertuis.