21.02.07 / 17:16
don't you see me prayin'
comme j'arrête de pleurer je reprends les insomnies il faut toujours que je fasse mon intéressant et par voie de conséquence pour les cernes c'est loupé quelle que soit l'option retenue j'ai du sombre sous les yeux on va faire avec ne pas y penser je ferai mieux de chercher mes virgules et mes points et tout le bazar
pour plein de raisons que je ne dévoilerai pas toutes mais une au moins peut se dire ici j'ai nina simone qui cogne contre mes tympans please help me lord don't you see me prayin' qu'elle me hurle et je taperai bien des mains aussi c'est la faute à inland empire et ce générique de fin hallucinant qui m'a emporté encore plus loin que le film c'est dire si j'ai trippé comme un malade pendant trois heures hypnotisé avalé consumé démembré la voilà la raison dicible l'autre je me la garde au creux de la poitrine elle est à moi
la psychanalyste calée dans son fauteuil dit il y a quelque chose qui ne passe pas je réponds je sais bien calé dans le mien et on éclate de rire pas comme la fois d'avant où elle a fait ce jeu de mot extraordinaire où j'ai bien vu qu'elle se retenait et moi j'ai explosé de mon rire sonore du coup elle a explosé aussi et on s'est tenu les côtes pendant trois minutes sans s'arrêter parce que faut pas croire c'est pas la dernière pour la déconne de toute façon même quand elle calemboure j'ai du sens qui me gicle en plein dans la gueule et c'est bien fait je suis là pour ça
et les coincidences si je pouvais te dire dans ma vie en ce moment comme elles sont étranges et inquiétantes et excitantes pas autant que celle qui a fait que sa voix s'est posée dans mon oreille pas plus tard qu'il y a dix minutes alors que je ne réponds jamais au téléphone pendant que je travaille mais là j'étais en pause j'allais remonter et ça a sonné dans mon casier et j'ai décroché je fais jamais ça surtout quand le numéro n'apparaît pas mais je suis tellement fatigué que j'oublie et c'était sa voix la surprise le soleil que j'entendais au loin shalom shalom j'avais envie de dire et j'étais en israël deux minutes douze et ça m'a fait rebander le cerveau en un instant comme quoi j'ai même pas à prendre mon mal en patience

Nina Simone - Sinnerman
17.02.07 / 14:47
nouvelle interruption momentanée de la ponctuation
un peu plus et j'interrompais le texte aussi parce que j'ai du mal tu vois à écrire à dire à faire passer je déploie des efforts surhumains depuis dix jours pour avoir à peu près le sourire à peu près la volonté à peu près la détermination et ça marche presque tout le temps sauf quand je rentre chez moi que je claque la porte que je pose le sac le manteau que je m'assois sur le canapé et que je commence à pleurer
ça ne dure pas longtemps juste de quoi relâcher la pression me défaire de l'armure opiniâtrement enfilée tous les matins pour donner le change et que tu dises que je ne vais pas si mal et au fond tu as raison sans doute je crois de dire ça si j'allais si mal je n'arriverais même pas à faire ce strict minimum qui me maintient à flot j'ai simplement envie de te dire d'aller te faire foutre mais ça ne serait pas très juste je sais ça ne servirait qu'à me défouler
alors je sors je bois je ricane je drague je socialise je mets ma langue dans une bouche qui n'attendait que ça et ça m'en touche une sans faire bouger l'autre enfin je dis ça mais sur le moment je dois bien avouer que ça me fait un peu du bien moins qu'un lexomil mine de rien parce que la molécule elle agit plus longtemps mais quand même je me dis que si ça me fait des fourmis dans le bas du ventre j'ai pas tout perdu et qu'à force ma tête aussi elle se remettra à bander

Black Box Recorder - Uptown Top Ranking
08.02.07 / 13:35
l'absence de titre est un titre en soi (la preuve)
au début je dis que je vais pas pleurer parce que bon ça va mais quand il ferme la porte je sens que ça monte et j'ai comme un sanglot qui vient et je dis non non non non et je pense non non non non et j'attrape une nicorette parce que par dessus le marché j'ai arrêté de fumer lundi pour la milliardième fois et j'ai collé un patch et je mâche et réfléchir à ça fait que je ne pleure pas alors
après j'arrête de penser nicotine poumons et évidemment je pleure un coup de plus parce que je repense à la fin de l'histoire alors je capitule je regarde le réveil et je dis assez haut vas-y t'as une heure profites-en et je chiale bien comme il faut
je vais pas rester inactif même avec les yeux tous rouges et dégoulinants alors je fais la lessive la vaisselle un café une douche un pipi les dents je m'habille je me coiffe j'éteins le chauffage de la salle de bains j'ouvre la fenêtre je me demande si je laisse ma brosse à dents dans le verre ou si je la jette ou si je la prends avec moi et comme j'arrive pas à décider je sors de la pièce et j'étends le linge
dans le placard il y a un gros sac à moi je l'ouvre j'y jette pèle-mêle mes petites affaires les pulls les slips les chaussettes le gel pour les cheveux les livres des trucs qui trainaient un peu partout même s'il a dit que ça pressait pas moi je préfère que ça soit fait comme ça quand je reviendrai ça sera redevenu chez lui et on sera plus tranquilles
ça fait une heure je me dis maintenant je ne pleure plus hein grand garçon tout ça j'étends la lessive en mâchant une autre nicorette et c'est marrant parce que j'ai même pas envie de fumer après je fais le lit je range un peu j'aère l'appartement je voudrais vérifier que je n'oublie rien mais je n'ai pas le courage alors je mets mes chaussures mon manteau mon écharpe pas le casque sur les oreilles parce que j'ai pas besoin de musique là tout de suite je sors je claque la porte je ferme à clef
en attendant le métro ça remonte encore je m'engueule parce que j'avais bien dit une heure pas plus mais voilà la vérité c'est que ça se contrôle pas et que même les ruptures intelligentes et raisonnables et pensées à deux elles te rendent triste alors faut pleurer

Hooverphonic - Ginger
06.02.07 / 18:33
A bug's life
Une cave, des insectes, une porte en métal, rouillée et fermée, de la terre battue sous les pieds. Il ne fait pas sombre, une ampoule est allumée. Contrairement aux apparences, ce n'est pas un cauchemar. Les insectes (dont j'ai une sainte horreur dans la vie réelle) ne me font pas peur. Ils sont là, plutôt laids, plutôt rampants, et c'est tout. Rien d'agressif. Ils sortent d'un trou dans le sol. Quand un nouveau apparaît, un autre s'en va, alors ça ne grouille pas. J'aimerais bien sortir, mais je sais que ce n'est pas possible. Je n'insiste pas. J'attends, rien ne presse. C'est la troisième nuit où je me retrouve enfermé là, et je n'arrive pas à me rappeler plus de détails.
Quand je me réveille, pas d'angoisse, rien. Ca va. Je vis, ces jours-ci, dans l'imperceptible. L'indicible. Il y a des engrenages qui cliquètent comme il faut, tout doucement. C'est le yoga. C'est la psychanalyse. C'est moi. Ca va et ça vient, comme toujours, mais je profite un peu de la sensation d'équilibre momentané. Il va falloir ouvrir la porte de la cave d'ici peu de temps. Pour l'instant je reste assis par terre, et je regarde les bestioles mener leurs vies de bestioles. Je sortirai quand j'aurais compris pourquoi je suis là. Avec ma freudienne aux yeux de chat, on commence à trouver des réponses. Tranquillement.

Jenny Wilson - Let My Shoes Lead Me Forward
Sold my bed, no need to sleep these nights
Walking rounds in search for stars these nights
The sky is perfectly brown instead of black
Let my shoes lead me forward, please bring me some luck
02.02.07 / 16:18
Je crains votre silence, et non pas vos injures
Tu sais ce que je vais faire? Hurler à l'intérieur. Un long cri qu'on croirait sans fin. Mais tu ne l'entendras pas. Il va résonner en moi, s'amplifier, m'envahir jusqu'à ce que, peut-être, j'implose. Mais tu ne verras rien. J'ai mon sourire sur le visage, tout le temps. Tu me souris en retour. C'est fait exprès. C'est un rictus imperceptible. Le coin de mes lèvres à peine remonté vers le haut. Ca te met en confiance. Moi ça m'épuise, mais moins que de te répondre si tu me demandais comment je vais.
Je hurle. Sans m'arrêter. Sans reprendre mon souffle. Le sourire aux lèvres. Je hurle. Tu ne vois rien. Tu ne dis rien. Je suis le garçon à qui on ne parle pas, qu'on ne touche pas, qui n'existe pas. Je vais y mettre un terme, parce que je n'ai pas le choix. En hurlant doucement. Si ça ne suffit pas, ma bouche va s'ouvrir, et l'insupportable trop longtemps contenu jaillira. Je ne sais pas faire autrement, et tu ne sais pas comprendre autrement.

Azure Ray - If you fall
