23.05.07 / 16:38

Tendre l'autre joue

Etrange aujourd'hui cette envie de gifler qui ne lâche pas ma main gauche. C'est mercredi. L'adolescent moyen est nerveux, un poil arrogant. Il ne sent pas très bon non plus, l'excès de sécrétions hormonales nuit à l'environnement olfactif. C'est mercredi et je passe mon temps à dire silence s'il vous plaît avec une régularité de métronome. C'est mercredi et j'ai envie de les gifler en hurlant des mots obscènes et vengeurs.

Les trois filles confondent Molière et Monet. C'est embêtant, pour un exposé. Je leur colle un Lagarde & Michard entre les pattes (c'est dans les vieux pots, gnagna) et puis un dictionnaire des auteurs nettement trop compliqué. J'ai envie de leur dire qu'elles devraient passer moins de temps à se lisser les cheveux le matin et plus à tenter de lire. Je me retiens évidemment. Je deviens réactionnaire et ça me désole.

Cinq minutes plus tard, entre deux gloussements, elles me demandent des trucs sur le Moyen Âge. J'essaie, professionnel jusqu'au bout, de leur faire préciser un peu ce dont elles ont besoin. C'est parce qu'on doit resituer Molière dans son époque. C'est là que j'ai éclaté de rire, et c'est nettement moins professionnel, j'en conviens. Quand j'explique qu'il ne vivait pas au Moyen Âge, d'abord elles ne me croient pas. Il semble que pour la teenageuse actuelle, cette période s'étale de la préhistoire à 1988. Après avoir ri, je retiens un baillement.

J'ai lâché l'affaire assez vite. J'ai Julee Cruise en boucle dans la tête. It's a beautiful time for a lie. J'ai envie de prendre mes affaires, mon métro, rentrer chez moi et m'affaler devant un film en buvant du thé. Ou du vin. Plutôt du vin d'ailleurs. It's a wonderful time for a lie. Au lieu de ça, je dois tenir encore quelques heures, et demain aussi, et encore après. Sans fin. Avec cette envie de gifler que je contiens à grand peine. Je deviens psychopathe et ça me désole aussi.

Pluramon featuring Julee Cruise - Time (Catharsia Mx)
Pluramon featuring Julee Cruise - Time (Catharsia Mx)

18.05.07 / 18:55

Anxio-gêne

C'est le drame, l'horreur, le cataclysme, la pire chose qui puisse m'arriver. Je ne me suis jamais senti aussi démuni : ces jours-ci, absence totale de symptômes dépressifs. Rien. Nada. Calme absolu. Regarde, j'ai même mis des virgules, des points et tout le merdier dans mes phrases. Les mauvaises langues vont dire que c'est parce que je suis amoureux. Ben tiens, gnagnagna.

Je pourrais juste te parler, vite fait, de "comment je crée de toutes pièces des manifestations anxieuses juste parce que j'ai tellement l'habitude d'être angoissé que ça m'angoisse de pas l'être" (ne suis-je pas délicieusement prévisible ?) Mais en fait non, ça restera un sujet de poilade entre moi et ma psychanalyste. Qui va bien devoir finir par me filer de la thune en fin de séance pour services rendus à ses zygomatiques. Oui, bon, c'est de l'humour freudo-lacanien, je t'accorde que c'est plutôt hermétique. Crois-moi sur parole : on rigole bien tous les deux. J'ai la névrose finement drôle dans son absence totale de subtilité. Parfois.

Bref, n'ayant rien à ajouter tout de suite (ça valait vraiment le coup d'écrire un billet, huh ?), je te laisse avec le plus joli clip de l'univers (dénomination valable pour au moins les quinze prochains jours). En plus il accompagne la plus jolie chanson de l'univers (voir plus haut pour la nuance). Et c'est mieux avec les paroles. Je ne fais bien sûr aucun rapprochement avec la composition du nouveau gouvernement. Ni avec les cinq ans d'hémorroïdes qui nous guettent. Ouch.


Hanne Hukkelberg - Cheater's Armoury

You gamester
You fool us
We watch your spinning wheel
And we scratch
And we itch
And the longer it takes for us
To heal

12.05.07 / 18:06

Au plafond

Oui, oui, ho oui, mangeons des araignées pour quelques années encore. Arrachons les pattes une à une, faisons les griller, en brochettes, au curry ou nature, peu importe. L'abdomen craquera sous la dent, nos moues dégoûtées finiront par s'estomper, nous aimerons le répugnant, nous lècherons les crochets à venin avec délice.

J'ai perdu. Nous avons perdu. Ils sont plus forts. Inclinons-nous. Subissons.

J'ai le suffrage universel triste comme certains ont le vin mauvais.

Psapp - Eating spiders
Psapp - Eating spiders

There's a man in the street
Who tells me that he loves me
God is everywhere
He says he lives above me
I know more about this man
Than i know about you
Further than we go
In what we go through

We are small
We are small people

02.05.07 / 11:00

Associations libres

Je me lasse un peu, beaucoup, passionnément, de tous ces mails qu'on m'envoie pour me dire qu'il y a un méchant monsieur qui fait que mentir et que dimanche faut pas voter pour lui. Pour qui tu te prends, raclure de bidet envahissant mon espace privé ? Tu sais ce que tu me rappelles ? L'entre deux tours 2002, avec tous ces connards qui avaient passé leur dimanche à la plage et qui venaient me dire dès le lundi "faut voter hein, on peut pas laisser faire ça", la honte gravée sur le front. Pour qui tu me prends ? J'avais voté, moi, abruti. Cette fois aussi j'ai voté, et crois-moi, j'ai pas besoin qu'on me dise quoi faire dans quatre jours, ça fait un paquet de temps que je sais, moi, ce que j'ai à faire (ne te force pas à tout relire, c'est dans l'avant dernier paragraphe). Alors lâche moi le pédoncule, là, c'est sur le point de m'exaspérer.

Pour me détendre, j'écoute Amiina. C'est tout con Amiina, cucul comme du Yann Tiersen. Mais si, rappelle-toi Yann Tiersen, le mec qui faisait des trucs vachement bien avant qu'on nous lamine la gueule avec Amélie Poupoule. Sauf que moi, Tiersen je l'associe définitivement à Belle du Seigneur, le livre préféré du monsieur qui ment. Parce que j'écoutais rue des cascades en boucle à ce moment là, et que la musique grandiloquente sied fort bien à l'oeuvre. Et tu vois, avec ce livre, j'ai donc un point commun avec Nicolas, cet homme de culture. Qui estime que l'état n'a pas à financer les études de lettres. Non mais c'est vrai, hein, faire ses humanités, c'est dépassé. Connaître hier pour comprendre aujourd'hui et anticiper demain, ça ne sert à rien.

Et voilà, comme ça m'agace j'en reparle, t'as réussi à me pourrir mon espace intérieur du dedans avec tes chaines de mails qui sont presque insultantes pour mon intelligence. Je te hais. Parce que moi, j'ai passé le week-end à le mettre en ordre mon espace intérieur du dedans. Ca s'appelle aussi range ton appart (ou : la névrose du bibliothécaire, drame en 6 tableaux). J'ai trié, classé, ordonné. Si tu voyais mon itunes, tu baverais d'envie. Et si tu voyais ma cuisine, c'est limite si j'ai pas fait un classement alphabétique des boites de conserves. Comme quoi, on peut être de gauche et aimer l'ordre, c'est pas incompatible.

Alors j'y reviens une dernière fois : arrête de me faire chier. Plutôt que de te bouger le cul une fois tous les scrutins, plutôt que de colporter tous les ragots possibles et imaginables quinze jours tous les cinq ans, marque ton territoire toute l'année. Lis les journaux. Fais lire les journaux. Parle avec moi de société, de projets, d'idéaux. Je n'attends que ça. Discutons entre adultes civilisés, en profondeur mais sans brutalité (hinhinhin). Construisons nos rêves et nos utopies. Soyons politiques tout le temps.

Amiina - Sexfaldur
Amiina - Sexfaldur