29.07.07 / 19:01
Dans mon ventre
Ho, l'envie de changement, tu sais, non ? J'y ai pensé un peu hier, et puis beaucoup aujourd'hui. C'est la faute aux vacances et à tout ce temps libre qui se déroule devant moi, offert, alangui, avide. Finalement, j'ai renoncé, et ce n'était pas un sacrifice. Je sors d'une heure de yoga, c'est pour ça que je ne suis pas compréhensible. Il y a encore eu un déclic cette fois, pendant que la voix me baladait le long d'une rivière imaginaire. J'ai réussi à ne plus lutter contre les pensées parasites. Elles ont défilé devant mes yeux, comme un vol de passereaux. J'étais près de la rivière, j'écoutais le bruit, comme la voix disait de faire. Les passereaux criaient de plus en plus loin. J'ai reconnu au passage leurs visages familiers et anxiogènes, sans y prêter plus d'attention. Et puis rien, le bruit de la rivière, la voix dans l'oreille qui disait relaxez détendez laissez passer respirez pronfondément. J'étais docile. Les oiseaux ont disparu, j'ai mis la main dans l'eau.
Là j'avoue j'ai un peu perdu pied, et j'étais bien. A la fin de la séance j'ai pensé j'écris parce que je suis écrivain et rien d'autre, pas besoin de me justifier autrement. C'est à peu près aussi simple que ça, c'est moi qui dit si j'ai raison ou si j'ai tort, et il se trouve que j'ai raison.
Je voulais te parler d'autre chose, ça fait une semaine que ça essore dans mon ventre. J'ai renoncé, là aussi, parce que les mots ne disaient pas ce que je voulais. Mais le déclic ça a été ça aussi : le principal n'est pas dans le résultat mais dans le processus. Et quand je te tutoies, tu sais bien que c'est à moi que je m'adresse. J'ai des choses à me dire, écoute-moi bien.
Il y avait A. devant nous, son gros ventre qui descendait imperceptiblement minute après minute, et la certitude dans nos esprits flous que c'était pour bientôt. Il y avait l'heure de chaque contraction qu'elle notait sur un papier et qu'on gravait dans nos têtes. On avait le souffle coupé par son calme impossible, calée dans le fauteuil, le visage à peine troublé par le passage de la douleur. On mangeait, beaucoup, et on parlait, un peu sonnés, jusqu'au moment où elle a dit on va y aller là, ça vient. Ils sont partis pour la maternité et la future grande soeur est restée avec nous. On l'a lovée dans nos bras. On lui a mis Chihiro. Elle s'est endormie beaucoup trop tard, mais on a décidé que ça n'avait pas d'importance.
Je voulais te dire ça, et t'expliquer ce que ça avait changé en moi, ce moment là. C'est ici que je bute, ici que la phrase m'échappe en ondoyant, comme un poisson au fond de l'eau. Alors je laisse en suspens. C'est le processus qui m'intéresse le plus, je te l'ai dit tout à l'heure.
Une semaine plus tard, la grande soeur est métamorphosée. Elle est en train de quitter la vie de bébé pour celle de petite fille, et c'est fascinant. Hier j'avais le nourrisson fraîchement nourri qui dormait sur mon ventre. Un quart d'heure, ou à peine. J'ai trouvé ça doux. Comme n'importe qui, je me suis émerveillé sur la finesse incroyable des mains. Ca n'a rien changé à mon absence totale d'instinct de reproduction ou de paternité. Mais je crois que j'ai compris, enfin, ce que ça pouvait faire, cette création là. Je crée ailleurs, autrement, c'est le processus qui compte. J'ai rendu le bébé à A. avec un sourire probablement niais. Et un peu à contrecoeur, parce que c'est drôlement bien, un bébé sur le ventre. Et puis j'ai fini ma bière.

April March - Cet air là
21.07.07 / 15:05
Let me hate you (bitch)
Tu vois, c'était bon pour septembre. Je pouvais partir, commencer, respirer, m'échapper. Tout le monde disait oui-oui-oui, jusqu'à la drh de vieuxboulotquipue. C'était compter sans Rigida la perverse. Et son droit de véto, et sa volonté de nuire. Rigida a senti dans ses narines le délicat parfum de l'abus de pouvoir. Rigida a senti les spasmes du plaisir faire crépiter sa colonne vertébrale. Rigida, dans une décharge orgasmique enivrante, a dit non-non-non. Je la voyais, assise face à moi, le cheveu dressé et l'air mauvais. Elle avait un rictus sur les lèvres, la carcasse agitée de soubresauts, de la fumée qui s'échappait des naseaux. J'entendais ses sabots racler le sol, il y avait sans doute des éclairs aveuglants dans le bureau. Je me disais encore quelque seconde et elle bave, la chienne.
Non-non-non, qu'elle a dit, toute entière à sa joie de me retarder un peu, le doigt pointé sur un calendrier mural. Elle montrait le 15 octobre. J'ai tenté un même pas le 1er ? timide, vaincu d'avance. Les démons femelles arrivent toujours à leurs fins. Non-non-non qu'elle a répété, en lacérant le carton avec ses griffes. Vicieuse, elle a ajouté quelques arguments fallacieux, puis l'estocade voyez, je suis acculée, étranglée, et encore, je vous fait cadeau de cinq jours. Un énorme Puuuuuuuuuute s'est mis à clignoter sur mon front, en lettres rouge vif. Je suis sorti en rampant, son ahanement bruyant s'infiltrait dans mes oreilles jusqu'à les faire saigner.
Tu vois, je m'imaginais parti pour trois mois sans doute féroces. Mais ça m'a pris la nuit pour réaliser que sa misérable jouissance n'était rien face à ma victoire : quoi qu'il arrive, je pars. Et après moi, le déluge, les sauterelles, la peste bubonique. Mon pot d'adieu risque d'être un grand moment.

Anna Ternheim & Fyfe Dangerfield- Lovers dream
Là c'est avec le chanteur des Guillemots, les arrangements sont un poil lourdingues et le clip est au bord de la putasserie, mais c'est tout ce que j'ai sous la main et c'est ma chanson obsessionnelle du moment.
Naked version un peu plus tard, quand j'aurais résolu deux-trois trucs techniques sans intérêt et que je pourrais remettre des morceaux comme au bon vieux temps, quand il y avait aussi des trucs à lire ici ci-dessous, pour toi public aimé. Anna Ternheim y chante toute seule, l'accompagnement est léger comme une plume, et ça peut me faire pleurer pendant des siècles.
Anna Ternheim - Lovers dream (naked version)
Maybe I could be yours
Maybe you could be mine
God, I waited so long
Maybe my time has come
To walk by your side
07.07.07 / 16:38
Sous vide
Si tu savais tout ce qui sort en ce moment sur le fauteuil de ma vénérable psychalarmiste. Des évidences, des lieux communs, des choses tellement idiotes et allant de soi que quand elles s'échappent de ma bouche les bras m'en tombent de stupéfaction. Je prends un air dégagé (quoique un peu embarrassé). Ahah mais je suis bête alors de dire des trucs aussi bêtes c'est bête hein ahah. Pourtant, une fois ces choses dites, une fois les mots solidifiés au-dessus de ma tête, il y a un engrenage qui fait clic-clac-clic dans le haut de ma nuque. Et puis je la vois, un sourire jusqu'aux oreilles, qui me fixe droit dans les yeux. Clic-clac-clic.
Tout mon visage se tord dans une mimique penaude et semble dire C'est si con que ça ? Et elle répond oui, juste en hochant la tête à plusieurs reprises. Clic-clac-clic. C'est un peu douloureux, évidemment. Se découvrir si pavlovien, si conditionné. Enfin, quand je dis découvrir, hein... Se reconnaître serait un poil (et dieu sait si, gnagna) plus juste.
Je sais depuis un moment que la psychanalyse commence vraiment quand tu acceptes de ravaler ta fierté. C'est amer comme une endive cuite (qui est, je le rappelle, l'aliment le plus répugnant sur terre). Tu la vomirais bien sur le champ. Et puis non. Déglutir. Déglutir. Gloups.

Ella Fitzgerald - I'm gonna sit right down and write myself a letter
... and make believe it caaaame from youuuuuu...
No comment, letterbox still empty. Life is hell. I don't care anyway : I've got my love to keep me warm.
