31.08.07 / 17:05
Les Marronniers (clichés jaunis)
A Salies de Béarn, nous vivons dans une grande maison un peu sombre. Elle s'appelle les Marronniers. Le jardin est immense, tout en profondeur. Il y a une balançoire et un tas de bois. Un jour, au milieu des bûches, je trouve un chaton. Il est noir et blanc, on le nourrit au biberon. J'ai oublié son nom. Je ne m'en rappelle pas non plus à l'état adulte. On a dû le donner, ou il s'est échappé, ou il s'est fait écraser, ou ma mémoire flanche.
Au sous-sol, mon père a installé la réserve de la maison de la presse parce qu'il n'y a pas la place dans le magasin. Je descends souvent le voir, il a un livre avec des tigres. Je ne sais pas dire ce mot là. Je me contente de demander les cliclis ? et il s'arrête un peu pour feuilleter avec moi. Mes deux passions dans la vie sont les félins et les loutres. Un jour il y a une inondation, ils évacuent les livres et les journaux par la lucarne, mais je ne m'en souviens pas.
Avant ma naissance, un soir, mon père s'ouvre les veines dans la baignoire. Ma mère me le raconte quand j'ai dix-huit ans, le jour où elle dit aussi c'était une répétition, il n'est pas mort d'une crise cardiaque comme on te l'a dit à l'époque. Elle dit aussi cette maison portait la poisse, je le savais, je ne sais pas pourquoi on l'a choisie quand même. Il y a du sang partout. C'est elle qui nettoie la salle de bain après le départ des pompiers.
A quatorze ou quinze ans, je fais un cauchemar. Dans la cuisine, un petit chat gris marche vers moi, puis s'écroule. Il est tout plat, comme une peluche vide. Je vais vers la salle de bain, au fond du couloir. La baignoire est en train de se vider, l'eau est rose, il y a des débris humains qui flottent à la surface : un doigt, un phallus, des bouts de peau. Leur texture est filandreuse, comme s'ils étaient plongés dans l'eau depuis plusieurs jours. Je comprends quelques années après que c'est un souvenir qui ne m'appartient pas.
Elle dit encore il y avait une porte à l'étage qu'on ne pouvait pas utiliser. La fille des propriétaires s'était jetée sous un train, ils avaient laissé sa chambre en l'état et fermé à clef. La morte garde sa pièce et vit avec nous. Quand je ferme les yeux et que j'essaie de revoir les Marronniers, je ne sais plus où est cette porte. Quelque part à gauche de l'escalier, mais je ne la vois pas.
J'ai trois ans quand ma mère a trop peur pour rester. Il l'a poussée dans les escaliers. On part dans une autre ville, mon père reste aux Marronniers. Je reviens unweekendsurdeux, quand il n'oublie pas de venir me chercher. Le soir, il me fait faire le tour du jardin dans une brouette et on va fermer le portail. Si le ciel est clair, il me raconte une histoire sur la lune et les étoiles. Quand il me ramène le dimanche ou à la fin des vacances, je pleure deux ou trois jours sans m'arrêter.
Un jour il me met dans mon bain puis descend. Quand j'ai froid, je l'appelle pour qu'il me sorte. Il ne vient pas. J'ai l'impression d'appeler pendant des heures. Quand il monte il dit excuse-moi j'étais sorti faire une course. Je ne pleure pas parce que je suis content qu'il soit là.

Dani Siciliano - Same
20.08.07 / 19:59
Shush
après j'essaie d'écrire parce que je suis en vacances et que j'ai du temps mais les doigts sont bloqués le cerveau aussi banane alors sans doute que ce sont des vacances totales intégrales complètes et qu'à défaut de partir loin ou longtemps quitte à rester à Paris autant ne rien faire du tout qu'être là et regarder la pluie avoir trop froid pour la saison lire un peu voir des films faire du yoga
dans le restaurant on sirote une coupe de champagne et il dit qu'on pourrait vivre ensemble
non je déforme il ne dit pas on pourrait il dit est-ce que tu veux
je dis oui le sourire jusque dans les yeux et je sens que je bande et la petite voix dans ma tête lance mais t'avais dit plus jamais et je lui dis ta gueule c'était avant et elle se barre en grommelant

Susanna and the Magical Orchestra - Enjoy the silence
