La première réaction a été d'une grande maturité. J'irais plus tard là pas le temps pas l'argent en janvier c'est mieux ils m'ont pas vu depuis deux ans ça change rien ils n'ont pas besoin de moi tout de suite vaut mieux les laisser entre eux tiens si j'allais à la piscine.

Après j'ai à nouveau ma mère au téléphone, et c'est moi qui appelle pour savoir si elle tient le coup, si elle a dormi, si rien. On parle un peu, je suis droit dans mes bottes, impassible, tout juste concerné. La mort n'a pas de prise, tu penses, depuis le cataclysme de mes dix ans elle ne peut plus rien me faire.

Et puis je pleure d'un coup sec, sans crier gare, très fort, au détour d'un mot. Je marmonne une salve d'excuses. C'est normal, c'est ton oncle quand même qu'elle dit. Et je rejoins le troupeau des humains normaux, qui ont les yeux pleins quand ils ont du chagrin. Si tu ne viens pas tout le monde comprendra qu'elle dit. Sauf moi rétorque le Jiminy Cricket dans ma tête, mais je l'écrase avec le pouce, j'ai vraiment pas le temps d'écouter les sauterelles.

Il m'a encore fallu vingt-quatre heures de déni avant de prendre un billet de train et d'appeler pour dire je viens. Tout le monde comprendra qu'elle dit. Sauf moi, je réponds.

Stina Nordenstam - Sharon & Hope
Stina Nordenstam - Sharon & Hope