20.01.08 / 14:54
The spider's stratagem
Je n'ai pas peur de souffrir, marmonnait l'araignée avant que je ne l'écrase, je n'ai pas peur de souffrir, répétait cette garce filandreuse en descendant du plafond, avant que je ne l'attrape par la soie, avant que je ne la pose sur la tomette usée, avant que mon pied ne s'abatte rageusement sur elle, je n'ai pas peur de souffrir quand je vois à quel point tu morfles sans tes tiges incandescentes.
Et c'est peu dire qu'elle avait raison, la tisseuse pleine de pattes, parce qu'elle savait sans doute le coup des nuits agitées, le coup des cauchemars impossibles, le coup du patch qui te stimule même quand tu tombes épuisé. Tu sais cette nuit mon téléphone a sonné, et c'était tellement réel et plein que j'ai bien cru que c'était vrai et que pour une fois je ne rêvais pas.
Alors j'ai pris l'objet dans mes mains mais impossible de décrocher, la touche ne fonctionnait plus, et sur l'écran je voyais un film passer.
Dreaming David ça s'appelait, et il y avait mon père et mon grand-père, mais c'était la même personne, et moi petit qui lui-leur tenait la main. On allait au cinéma voir Dreaming David et tout ça n'en finissait pas, avec cette sonnerie improbable, ce putain de téléphone qui refusait de décrocher alors que je savais très bien qui appelait, alors que je savais très bien que ça n'arriverait pas deux fois, tu as une chance et c'est tout quand il s'agit de coups de fils posthumes, c'est une règle non écrite. Il y avait juste l'écran lumineux, et une voix qui hurlait je suis là, je suis là, décroche, bordel, décroche.
Evidemment j'ai perdu l'appel, et l'écran s'est figé sur Dreaming David et je me suis réveillé. C'était beaucoup trop tôt pour un dimanche, beaucoup trop cinq heures du matin, et la télé était restée allumée. Quelqu'un y suppliait décroche, mais décroche, enfin, la voix pleine de terreur, probablement avant qu'un psychopathe ne lui fasse passer le goût des appels longue distance à grand renfort de coups de couteaux. Je ne sais pas, j'ai éteint en grognant.

My brightest diamond - Dragonfly
03.01.08 / 04:21
Compter les moutons (morts)
J'en ai un peu plein le fondement de venir ici toutes les trois semaines juste pour écrire que je n'écris pas. Que voudrais mais peux pas. Que coincé des doigts et des synapses. Que j'aimerais bien que 2008 pour moi ça rime avec année écrite.
J'ai pris trois bonnes résolutions idiotes. Un, ne plus fumer. Mais ça, c'est comme tout le monde au même moment. Et c'est d'ailleurs pour ça que je ne dors toujours pas, là, à cette heure imbécile. J'ai envie de me coller un second patch. D'appeler ma toubib pour l'envoyer se faire foutre avec ses promesses d'emphysème à long terme et d'asthme qui dégénère à court terme. A la place j'ai quitté le lit où mon époux dort en riant (si si, je le jure, cet homme éclate parfois de rire dans son sommeil et ça vient de lui arriver pas plus tard qu'il y a dix minutes). Et j'ai mangé trois clémentines en dédaignant, avec un courage que t'imagines même pas, la plaquette de lait noisette qui gratte à la porte du placard. En roucoulant. La garce.
Deux, écrire tous les jours. Pas forcément ici, pas forcément pour quelqu'un d'autre que moi, pas forcément en faisant des efforts. Juste écrire, quoi qu'il arrive, comme on ferait des abdos avec les phrases. Entretenir la machine, parce que plus je laisse passer de temps sans rien faire, et plus j'ai peur de m'y remettre. Et plus je me relis en trouvant tout ça atroce. Si tu savais là, depuis que j'ai commencé ce bout de truc que tu as sous les yeux, combien de fois j'ai été tenté de tout virer d'un coup de souris rageur. Mais c'est l'alinéa b de la résolution deux. Ne plus effacer. Ne plus exiger trop. Relire plus tard, la tête froide, avec la neutralité bienveillante que Madame Freud manie si bien. Quitte à toujours trouver ça chiant, faut pas charrier non plus. Assumer, un minimum, et me faire un petit peu confiance. D'après la tripoteuse de névroses sus-citée, faudrait que je mette un grand coup dans les couilles de mon censeur intérieur. Qui prend un peu trop ses aises et a tendance à me couper la main pour un oui ou pour un non.
Trois, ne plus procrastiner. Mais ça plutôt à partir de demain, je peux pas tout gérer d'un coup.

Promise and the Monster - Sheets
(En même temps, quand tu dors pas, une bonne suédoise dépressive ça peut pas faire de mal.)
