18.03.08 / 16:10
Apocalypse tomorrow
C'était le soir béni où l'air était tiède et sentait la montée de sève. Le soir attendu où la fenêtre était enfin ouverte et où je brûlais d'envie d'être en manches courtes. C'était un soir où j'ai figé le temps pour pouvoir juste m'imprégner, parce que je savais que j'étais dans le fugace, que le froid reviendrait le lendemain, qu'il ne fallait pas encore ranger l'écharpe, que c'était un soir à part, l'hirondelle éclaireuse qui disait "printemps ?", un peu timide et pas très sûre d'elle.
Mais moi je disais j'ai envie de printemps et c'est pas si souvent, parce que ma saison de choix c'est plutôt l'hiver d'habitude, et les longs manteaux qui masquent, et les vêtements superposés qui amplifient, et me cacher dans tout ça, et râler dans la rue parce que j'ai oublié mes gants. Mais je pensais "le printemps, hein ?", et je me rappelais le tulipier en fleurs dans la rue à côté, et je sentais l'air neuf qui entrait à petites goulées dans l'appartement.
J'ai figé donc, le temps, la sensation, les effets, et tout le reste, les minutes avant qu'on ne frappe à la porte et que je ne sois obligé de porter mon esprit ailleurs, les instants avant que l'alcool ne modifie la perception. J'ai figé et enregistré, pour que ça se grave sur les bras, dans le cou, le long du dos et dans les jambes. Pour que ça ne fasse pas comme les autres moments que je ressens à peine et que j'oublie à mesure qu'ils s'accumulent aux précédents.
Ca a duré trois cents ans, pendant lesquels j'ai oublié le reste autour, il n'y avait que moi et la nuit tombée et la petite brise moelleuse. Puis comme prévu, les pas dans le couloir, le toctoctoc, la porte qu'on ouvre et l'hiver qui reprend sa fin.

Goldfrapp - Happiness
03.03.08 / 11:38
Poison in your ear
Je disais nous allons au-devant de graves problèmes à une vieille hirsute. Je disais ça la voix un peu voilée par un début de sanglot, tu sais, la gorge qui serre et la syllabe humide. Et puis je me suis réveillé, comme souvent maintenant, au milieu du rêve, avec des morceaux persistants et des rémanences en volutes autour de la tête.
Ca virevolte comme des papillons ces saloperies, et j'ai beau essayer de les chasser en agitant les mains, j'ai juste l'air demeuré ou schizophrène.
Raconter mes rêves, c'est un peu tout ce que sais faire en ce moment, mais ça tu l'as vu déjà. J'aime pas trop ça au fond, parce que c'est un peu le degré zéro de moi-même en tant que mec qui essaie d'écrire. Mais le fait est que sur ce sujet précis, ces temps-ci (ces mois-ci, ces années-ci, cette vie-là) je ne suis que dans l'essai. Et je ne transforme pas des masses.
Au réveil, donc, j'étais de fort méchante humeur. Comme tous les matins depuis environ deux mois et demi, faut bien l'avouer, avec une forte envie d'allumer un truc qui fait tousser. Et j'avais cette phrase, nous allons au-devant de graves problèmes, encore là, autour des paupières, et la gorge prète à lâcher, étranglée sans les mains, au bord de la douleur. Et les yeux qui débordaient un peu, de rage contenue et d'un trop plein de liquide. Un peu après, j'ai pleuré sous la douche. Quelques secondes à peine, juste pour que ça se déserre un peu, mais ça n'a pas suffit, évidemment, et depuis lors je me dis sans m'arrêter que je vais au devant de graves problèmes.
Ceci étant probablement une bonne nouvelle, si tu veux mon avis.

St. Vincent - Paris is burning
