03.01.08 / 04:21
Compter les moutons (morts)
J'en ai un peu plein le fondement de venir ici toutes les trois semaines juste pour écrire que je n'écris pas. Que voudrais mais peux pas. Que coincé des doigts et des synapses. Que j'aimerais bien que 2008 pour moi ça rime avec année écrite.
J'ai pris trois bonnes résolutions idiotes. Un, ne plus fumer. Mais ça, c'est comme tout le monde au même moment. Et c'est d'ailleurs pour ça que je ne dors toujours pas, là, à cette heure imbécile. J'ai envie de me coller un second patch. D'appeler ma toubib pour l'envoyer se faire foutre avec ses promesses d'emphysème à long terme et d'asthme qui dégénère à court terme. A la place j'ai quitté le lit où mon époux dort en riant (si si, je le jure, cet homme éclate parfois de rire dans son sommeil et ça vient de lui arriver pas plus tard qu'il y a dix minutes). Et j'ai mangé trois clémentines en dédaignant, avec un courage que t'imagines même pas, la plaquette de lait noisette qui gratte à la porte du placard. En roucoulant. La garce.
Deux, écrire tous les jours. Pas forcément ici, pas forcément pour quelqu'un d'autre que moi, pas forcément en faisant des efforts. Juste écrire, quoi qu'il arrive, comme on ferait des abdos avec les phrases. Entretenir la machine, parce que plus je laisse passer de temps sans rien faire, et plus j'ai peur de m'y remettre. Et plus je me relis en trouvant tout ça atroce. Si tu savais là, depuis que j'ai commencé ce bout de truc que tu as sous les yeux, combien de fois j'ai été tenté de tout virer d'un coup de souris rageur. Mais c'est l'alinéa b de la résolution deux. Ne plus effacer. Ne plus exiger trop. Relire plus tard, la tête froide, avec la neutralité bienveillante que Madame Freud manie si bien. Quitte à toujours trouver ça chiant, faut pas charrier non plus. Assumer, un minimum, et me faire un petit peu confiance. D'après la tripoteuse de névroses sus-citée, faudrait que je mette un grand coup dans les couilles de mon censeur intérieur. Qui prend un peu trop ses aises et a tendance à me couper la main pour un oui ou pour un non.
Trois, ne plus procrastiner. Mais ça plutôt à partir de demain, je peux pas tout gérer d'un coup.

Promise and the Monster - Sheets
(En même temps, quand tu dors pas, une bonne suédoise dépressive ça peut pas faire de mal.)
10.12.07 / 10:31
Deux minutes d'arrêt
La première réaction a été d'une grande maturité. J'irais plus tard là pas le temps pas l'argent en janvier c'est mieux ils m'ont pas vu depuis deux ans ça change rien ils n'ont pas besoin de moi tout de suite vaut mieux les laisser entre eux tiens si j'allais à la piscine.
Après j'ai à nouveau ma mère au téléphone, et c'est moi qui appelle pour savoir si elle tient le coup, si elle a dormi, si rien. On parle un peu, je suis droit dans mes bottes, impassible, tout juste concerné. La mort n'a pas de prise, tu penses, depuis le cataclysme de mes dix ans elle ne peut plus rien me faire.
Et puis je pleure d'un coup sec, sans crier gare, très fort, au détour d'un mot. Je marmonne une salve d'excuses. C'est normal, c'est ton oncle quand même qu'elle dit. Et je rejoins le troupeau des humains normaux, qui ont les yeux pleins quand ils ont du chagrin. Si tu ne viens pas tout le monde comprendra qu'elle dit. Sauf moi rétorque le Jiminy Cricket dans ma tête, mais je l'écrase avec le pouce, j'ai vraiment pas le temps d'écouter les sauterelles.
Il m'a encore fallu vingt-quatre heures de déni avant de prendre un billet de train et d'appeler pour dire je viens. Tout le monde comprendra qu'elle dit. Sauf moi, je réponds.

Stina Nordenstam - Sharon & Hope
26.11.07 / 09:50
Assolement triennal
Tu dis que je n'écris plus, mais je vais te dire le pire, c'est que je ne lis plus non plus. Tout me tombe des mains. J'essaie de me considérer en jachère, mais je crois que je me fous un peu de ma propre gueule. Voilà la vérité : c'est que c'était plus évident de mettre des mots sur tout ce qui n'allait pas. Là, avec mon air béat de ravi de la crèche, je suis dévoré par ce bonheur incongru dont j'arrive tout juste à me dire i'm worth it. En vérifiant d'un coup d'oeil rapide et inquiet qu'aucun piano à queue ne va jaillir de l'éther et me tomber sur la face.
Non. Pas de piano, pas coffre fort, pas de boeing 747. Je le vaux bien. Bordel. Laisse-moi encore un peu de temps pour me faire à l'idée. Après, on avise.

Petra Jean Phillipson - Into my arms
Et sinon Electrelane samedi soir c'était un peu une heure trente de bonheur en plus, comme si j'avais besoin de ça, merci bien.
28.10.07 / 22:46
Ajuster
je vais revenir à l'écriture à un moment ça va être obligatoire en fait j'aimerais que ce soit maintenant mais ça ne marche pas et j'ai du mal à m'expliquer pourquoi je dis la fatigue je dis le déménagement je dis le nouveau travail je dis tout ça à la fois en trois semaines c'est beaucoup je dis et puis en plus cette rhino fallait s'y attendre j'ai toujours tout géré en tombant malade
en fait si je sais la vraie raison tapie au fond c'est limpide à pleurer je n'ai pas l'habitude d'aller aussi atrocement bien et que tout se passe comme je voulais et pire encore que tout soit démesurément mieux que je voulais il y a cette idée derrière ancrée bien accrochée que ça n'est pas si normal que ça et le prix à payer il est de combien à quel moment on va me présenter la note moi mon fond de commerce c'est la dépression si j'ai plus ça je fais quoi t'as déjà essayé toi de marcher sans ta colonne vertébrale
alors j'attends en regardant à droite à gauche dans tous les sens le grain de sable qui va débouler sans crier gare et tout faire foirer mais je suis bien obligé de me rendre à l'évidence il ne vient pas et je peux te dire que ça fait des mois que je guette pire encore il ne viendra peut-être pas l'enflure et il est sans doute temps de savourer d'admettre que c'est mérité au bout de trente ans et des poussières de plainte sans fin et au boulot maintenant feignasse t'as dis le roman même si tu dois le rater tu l'écris quand ça va bien et que les conditions sont réunies et procrastiner tu arrêtes un peu ça commence à bien faire
alors voilà écrire hors de la névrose de la déprime de l'angoisse que sais-je c'est maintenant faut y aller en sifflant j'ai beau bureau un bel appart un beau travail un beau petit paquet de temps libre un bel amoureux qui dit parfois david écrit comme si c'était ça mon vrai métier il accole les deux mots david et écrire comme si c'était indissociable et ça me fait un truc chaud dans le bas ventre parce que c'est la première fois toutes les fois que j'entends davidécrit et j'écarquille un peu les yeux et j'ai un peu le vertige parce que ça y est c'est maintenant c'est moi je veux je peux je vais

Pascale Daniel - La mitad del cielo
03.10.07 / 17:16
Belzépute
Pour mes derniers jours en enfer, Rigida me gâte comme jamais. Faut dire qu'elle joue de malchance, la pauvrette : toute l'équipe se tire, chaque semaine voit une nouvelle mutation. Pour ma part, je galope allègrement de mesquineries délicates et ciselées (des jours de congé ont mystérieusement disparu, sauras-tu les retrouver ?) en demandes insensées (Faites-moi donc un rapport de 36 pages en espéranto sur le prix des magazines tchèques auxquels on ne s'abonne pas. J'en ai besoin pour hier. Pas merci et que le cul te pèle, cancrelat). Je ne suis qu'amour et bienveillance (c'est nouveau, cherche pas), mais là je lui éclaterai bien la boite crânienne au massicot.
En façade, ma nouvelle méthode "sourire niais, suffisant et inoxydable, accroché en permanence, de celui qui se barre dans 10 jours" porte quelques fruits (elle s'agace) mais à double tranchant (du coup elle en rajoute une couche). Comme ce n'est qu'une contenance, hier soir, juste avant de m'endormir, j'ai fait une crise d'urticaire. Monstrueuse. La nuque, les omoplates, les épaules, et tout le long de la colonne vertébrale. Quand je vais dire ça à ma copine freudienne demain, elle va dire plein le dos hein ? et glousser. Prévisible comme c'est pas permis.
Plein le dos. Tu m'étonnes.

Laïs - Joskesong
My world is made of stones and islands
If you want my love, turn it inside out
And if you open doors in my mind
I will be yours for a while

