17.02.08 / 22:48
Théorie fumeuse
Le soleil, aujourd'hui, dans le parc. Allongés dans l'herbe. Les débris de conversations qui échouent dans nos oreilles. Politique vers la droite. Sexe, je crois, un peu plus bas. Fins d'études juste en haut sur la butte. Mais le soleil, je disais, sur les joues, sur le front, à travers les verres fumés. Le manteau ouvert, la tête sur la pelouse. La chaleur, doucement, qui se diffuse. Et je me disais, ça ne tient peut-être qu'à ça, ce petit retour dépressif. A l'absence de soleil depuis des mois, au froid qui s'insinue jour après jour, au gris uniforme tout autour.
Et puis je me rappelle, la privation, la cigarette absente entre mes doigts. La petite brûlure dans la gorge à chaque bouffée dont je n'ai plus qu'un souvenir déjà vague. La petite violence répétée plusieurs fois par jour : lutter contre l'envie. Je me rappelle, cette année là où j'avais réussi sans effort, presque sans m'en rendre compte. Et la dépression, la vraie, arrivée en douce. Diagnostiquée et chimiquée des mois plus tard. Quand je n'en pouvais plus de n'être rien, quand elle était devenue ma seconde peau. J'ai compris, longtemps après, que c'était le tabac qui m'avait tenu debout toutes ces années, et que son absence avait précipité ma dislocation. Pas la cause directe, juste le coup d'accélérateur.
En fait, je vais te dire, ce qui m'arrive, là. J'ai peur du retour du vide. C'est la trouille monstrueuse, irrationnelle, de mourir de ne pas fumer. C'est pour ça, les rechutes, à chaque fois. Sauver ma peau, ré-agréger mes membres épars, souder les articulations au tronc. De la mauvaise manière, mais de la manière connue. Il faut vous recréer sans elle, dit l'analyste. Qui a bien compris, futée comme une lacanienne, que par divers détours dont je t'épargne le détail, renoncer à la cigarette, c'est chez moi renoncer à la mère. Et vlan.

Dengue Fever - Sober driver
Ecouté là l'autre soir, élu à l'unanimité de mes deux oreilles plus beau morceau de l'univers pour au moins les trois prochains jours. Ecoute bien, écoute fort, c'est plein de surprises.
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