jeudi 8 décembre 2005
16:51
:: sigmundologie
Sur la frange
Bonjour...
C'est la même, et pourtant rien n'est vraiment pareil. On dirait qu'elle a pris un petit coup de vieux. C'est idiot, la dernière fois que j'ai vue, c'était en juin. On ne prend pas un coup de vieux en six mois. C'est mon regard qui doit être différent. Ou le face à face. Avant, allongé, je la voyais peu. On s'habille toujours glamour à ce que je vois. Mais qu'est-ce que c'est que cette frange ? Il est là le coup de vieux, elle a subi un attentat capillaire. Ou elle s'est laissée aller. C'est ma faute, quand je suis parti elle a disjoncté, elle a trouvé ça trop dur, elle a fait n'importe quoi, elle a dû... Tiens, le transfert repart bien on dirait.
Qu'est-ce qui vous amène ?
Tu sais, je n'ai pas tellement envie de répondre. Et puis je sens bien que tu m'en veux d'être là, et c'est idiot ce que je sens, parce que non, bien sûr que non. J'ai juste envie que tu m'en veuilles. J'ai sûrement fait quelque chose de mal. Laisse-moi deux minutes, que je me réapprorie le lieu avant de dire ces choses là.
Oui ?
Oui, oui, j'arrive. Regarde j'ouvre la bouche, et j'émets des sons. Ca fait des mots, des phrases, je suis lancé, je déverse, j'associe, c'est comme si je n'avais jamais arrêté vraiment. Je n'ai jamais arrêté vraiment.
La semaine prochaine, vous serez sur le divan. C'est mieux, pour vous, vous êtes plus libre. Et nous avons peu de temps, vous partez bientôt.
Oui maîtresse, n'importe quoi, pourvu que le merdier dans ma tête s'estompe.
Il y a un noeud à travailler là, c'est important, sinon ça ressurgira à chaque fois. Chaque fois, votre père vous quitte, c'est ça ? C'est violent, forcément vous vous demandez ce que vous avez fait de mal, quelle est votre faute ?
C'est ça connasse, et c'est aussi ce que tu disais à ton coiffeur quand il t'a posé cet écureuil crevé sur le front ?
Evidemment c'est ça. Je suis le seul à ne pas vouloir le voir. Mais je sais, je sais, il va falloir que j'y plonge les mains. Que je triture. Que je tripatouille la chair morte. Que je me maquille avec du vieux sang rance. J'ai pas envie tu sais, pas envie du tout. Je pourrais ne jamais revenir te voir, mettre un drap sur le cadavre et l'oublier, faire comme s'il n'y avait pas d'odeur de putréfaction. Ca serait simple. Sauf qu'un jour ou l'autre, le drap se mettrait à bouger, une main en sortirait... je sais, je sais. Et il m'attraperait fermement pour m'empêcher de bouger. Il fait toujours ça. L'autre nuit, dans la cuisine, il a encore essayé de me tuer tu sais ? Comme toujours.
A lundi ma caille. Fais quelque chose à tes cheveux d'ici là. Moi je vais tâcher de ne pas me faire assassiner.
Commentaires
1. Le vendredi 9 décembre 2005 à 13:42, par lelapin
2. Le vendredi 9 décembre 2005 à 13:44, par lelapin
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