Margaret Atwood - La servante écarlateEncore un livre impossible à lâcher. Pourtant, l'ambiance n'est pas très légère. La droite-catho-conservatrice-fascisante arrive au pouvoir après des années de dénatalité (la pollution a engendré une vague de stérilité). Les quelques femmes encore capables d'ovuler sont muselées, enfermées, surveillées, ré-éduquées puis mises à disposition de l'élite en mal d'enfants pour servir d'utérus de substitution.

Je sais, mes lectures ne donnent pas dans le joyeux, surtout que j'enchaîne avec le Donna Tartt où ça rigole pas à toutes les pages non plus. Mais j'ai besoin de gros pavés pour m'assommer le soir, alors on fait comme on peut.

La Servante Ecarlate n'a pas réussi à m'assommer pourtant. C'est l'histoire d'une de ces servantes. C'est âpre, désabusé. On suit ses pensées au quotidien, qui sont les seules choses personnelles encore à sa disposition. Elle s'accroche aux souvenirs, à sa vie d'avant. Tout en sachant que cela ne change rien, que sa vie actuelle c'est de prier pour que ses ovaires ne la lachent pas et qu'elle soit engrossée le plus rapidement possible.

Il y a un peu de sauvagerie et de révolte, parce que ça finit bien par arriver. C'est une lecture un peu étouffante, un peu effrayante aussi. Atwood décrit avec lenteur et précision ce monde qui a disjoncté. On y est plongé en quelques pages. Et cette société là, si on y réfléchit deux secondes, n'est pas vraiment surréaliste ou improbable. On pourrait y arriver, comme ça, sans vraiment s'en rendre compte, sans l'avoir vue venir de loin.