J'ai dit adieu au boulot. Je me suis même pas vengé de la biatche, elle a eu son au revoir comme tout le monde. Tu ne vaux même pas ma colère. Tu sais que je sais, c'est suffisant.

Faut dire qu'ils avaient fini par me coller le bourdon. Certains, les larmes aux yeux. Jusqu'à ma conservatrice, la femme qui en 6 ans n'a jamais laissé passer la moindre trace d'émotion sur son visage. On s'est croisés dans les toilettes, et on avait l'air un peu con à se laver les mains, et j'ai dit "Merci pour tout, j'ai beaucoup aimé travailler avec vous, et je n'oublierai pas ce que vous avez fait pour moi". Quand elle a voulu ressortir, elle n'a pas réussi à ouvrir la porte, elle poussait au lieu de tirer, avec son bras qui tremblait et son nez qui reniflait. Dans le couloir, elle a repris sa contenance, et elle a fini, royale, par "Vous avez intérêt à terminer votre licence, c'est trop bête de ne pas vous y remettre. Comptez sur moi pour vous le rappeler jusqu'à ce que ce soit fait". On s'aimait bien, mine de rien.

Help !Aucune idée de la raison qui m'a poussé à faire ça, mais j'ai passé la journée à prendre la médiathèque en photo. Sous tous les angles. Et puis les gens, leurs visages. De bureau en bureau, je les ai enregistrés par surprise. Je suis beaucoup trop sentimental. J'ai fait des bises, j'ai été serré dans des bras. A la fin, je me suis enfermé dix minutes parce que j'avais une putain de sa mère de poussière dans l'oeil, avec toutes ces conneries. J'ai rendu mes clefs et mon badge, et c'était terminé.

J'ai dit adieu à Sigmunda, pour la deuxième fois. Sauf que ce coup-ci, j'ai l'adresse d'un autre analyste dans la poche. Cette andouille a dit "C'est la dernière séance", et moi après j'avais Eddy Mitchell dans la tête.

Et là, j'ai emballé la souris, qui faisait sacrément la gueule. Je lui ai expliqué qu'aucun traité européen ne m'obligeait à percer des trous dans le carton pour qu'elle respire. Et que dans trois ou quatre jours, je la déballerai à Paris.