Je lui ai dit l'autre soir, "ce film n'en vaut pas la peine", il en a eu un rictus lacanien typique et un petit clin d'oeil complice, et là j'ai compris que j'étais amoureux. Evidemment. Ne faites pas attention à cette phrase, elle est juste pour mes petites notes personnelles, because mémoire emmenthal.

Ce matin, je me lavais les cheveux sous la douche (car oui, j'ai depuis quelques semaines une délicieuse chevelure grisonnante à la place de mon crâne amoureusement rasé pendant des années), ce matin donc, en massant langoureusement mes boucles (ahahaha) soyeuses avec du shampooing american crew qui épaissit grave la texture capillaire de l'homme moderne, acheté à prix d'or au séphora rivoli en même temps qu'une crème skinethics fort peu abordable elle-même mais sans paraben à sa mère et qui protège ma peau de tout ce que l'univers connaît comme agression épidermique, ce matin disais-je, alors que l'eau chaude glissait sur ma peau délicatement gommée sur laquelle moussait de l'élancyl à l'extrait de lierre sans savon que ça sent carrément bon toute la journée mais que ça coûte, là encore, la peau des roubignolles, on se demande bien d'où je sors le fric d'ailleurs, et j'ai bien une réponse, mais on est pas vulgaire ici alors je dirai pas de dans ton cul chéri(e), ce matin, en brossant mes dents étincelantes avec cet ustensile colgate qui vibre doucement quand tu appuies sur son petit bouton rose et qui me fait l'émail lumineux et l'haleine mentholée, ce matin, dans la salle de bain, je me répétais comme un mantra "ça n'en vaut pas la peine".

Lavé, séché, coiffé, habillé, équipé, je grimpe dans mon métro, celui que je prends tous les jours pour aller dans mon merveilleux nouveau travail, où j'ai à peine manqué de me faire casser la gueule il y a deux jours par un petit jeune nettement plus costaud que moi et qui n'aimait pas ma façon de lui rappeler comment bien se comporter en société dans une bibliothèque certes de banlieue un-peu-craignos-enfin-faut-voir mais tout ce qu'il y a de plus respectable. Je ressasse cette affaire depuis 48h, parce que j'ai eu peur figure-toi sur le coup, je tenais bon pendant qu'il me disait va t'asseoir à ton bureau connard maintenant et ferme ta gueule en me donnant des coups d'épaule, j'ai eu peur de la seconde où ça bascule vraiment, j'ai eu peur parce que la salle était pleine et que personne ne bougeait plus, j'ai eu peur parce que je sentais mes moyens qui s'évaporaient, j'ai eu peur jusqu'à ce que le gardien arrive par miracle et nous sépare, j'ai eu peur parce que je ne savais pas où j'allais, juste qu'il ne fallait pas le laisser gagner sinon c'est foutu c'est lui le chef jusqu'à la fin des temps, j'avais peur ne pas tenir bon, les poings serrés sur la table. Dans mon métro ce matin, je pensais à ça et j'avais encore peur, et ça va durer quelques temps bien sûr, et je me disais ça n'en vaut pas la peine. Et dans le casque, il y a eu Dorval au même moment, parfois c'est super bien foutu le mode aléatoire, et Dorval elle disait la même chose.

Dorval - Ferme la porte
Dorval - Ferme la porte

Et j'ai pensé que cette chanson était faite pour le dernier billet ici, et que le dernier billet il était pour aujourd'hui, ça fait longtemps que j'y pense, alors autant faire ça vite fait, là, hop, on en parle plus, babaye (raindrops), de toute façon je n'arrive plus à écrire. Sauf que non, je change d'avis toutes les deux minutes (si je veux), et en écrivant le fameux dernier billet, je me suis rendu compte que ça revenait. Et puis, héhé, il y a d'autres solutions, héhé, à ce problème momentané. Héhé.

Dorval - Celle que vous croyez
Dorval - Celle que vous croyez