(raindrops)

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vendredi 27 janvier 2006
17:24 :: lecturation

Lapin de mars

Aucun rapport avec le lapin de tous les lapins. C'est juste que comme celui de Scaroll, je suis, comme qui dirait, grave en retard. A passer mon temps ici à chouiner sur mes états d'âme, je n'ai pas eu le courage de parler des derniers bouquins que je me suis envoyé. Faut dire aussi que ça a pas été l'extase du siècle à ce niveau là non plus. Alors, dans le désordre et vite fait pour s'en débarraser :

Nina Bouraoui - Poupée BellaNina Bouraoui, Poupée Bella
Au départ, ce n'est pas celui-ci que je voulais lire, c'était Mes mauvaise fréquentations, mais il était emprunté (drame de la vie du bibliothécaire : laisser les nouveautés en priorité aux usagers, si ça tient pas du sacerdoce tout ça). Rien à en dire en particulier, vite lu, vite oublié, sans déplaisir mais sans passion non plus. Quelques phrases qui frappent juste de ci de là... mais je l'ai connue en meilleure forme, plus incisive, plus inspirée. Je me rappelle de Garçon manqué, entre autres, et on en est quand même assez loin. Et puis entre temps, je me suis rendu compte que ce qui intéressait tout le monde dans le suivant c'était de savoir si elle avait effectivement été la maîtresse d'un chanteuse à pédés rurale, rousse et pénible... je crains le pire.

Frédéric Beigbeder - Windows on the worldFrederic Beigbeder, Windows on the World
Là, j'étais plein d'idées préconçues. L'auteur m'agace dans ses apparitions publiques, du coup j'hésitais. Et puis on m'en a parlé plusieurs fois, en bien, alors j'en ai pris un au pif, histoire de me faire ma propre idée. Et bien c'est pas mal. Le sujet (le 11 septembre) est sensible pour beaucoup de monde j'imagine, je craignais qu'il n'en fasse une bouillie indigeste. Mais non, il s'en sort bien. La construction, assez classique de prime abord (alternent un chapitre où lui-même parle, le suivant où le "je" est une des victimes), est finalement intéressante. A partir du milieu, il devient sacrément poseur, mais avec, je crois, pas mal d'honnêteté. Et puis, allez, je dois reconnaître qu'il écrit assez bien, sans génie (je n'en demande pas tant de toute façon), mais avec une sensibilité indéniable.

Donna Tartt - Le petit copainDonna Tartt, Le petit copain
L'ennui fait livre, ou "comment je me suis grave endormi face à ce pavé indigeste". Tellement que, j'avoue mon crime, je me suis arrêté au milieu et l'ai sagement remis en rayon avant de céder à l'envie de m'en servir de cale-portes. Le maître des illusions m'avait, à mon grand étonnement, tenu en haleine tout du long. J'étais impatient de me farcir le second machin de la dame, mais voilà, il ne se passe rien, il fait chaud dans ce coin des USA, on y transpire à grosses gouttes, il y a un mystère mystérieusement mystérieux à résoudre, mais tout le monde s'en fout, moi le premier. Style sans intérêt particulier, avec, pour m'achever, des erreurs et/ou approximations de traduction qui me faisaient bondir du lit... C'est bon, on a compris ce que j'en avais pensé où je dois préciser encore ?

(C'est long comme billet, hein ? de toute façon, on s'en tamponne, presque personne ne lit quand je parle bouquin. Si, j'ai des stats pour le prouver, la ramenez pas...)

Barbara Pym - Quatuor d'automneBarbara Pym, Quatuor d'automne
Un peu lent, un peu triste, très anglais, très nostalgique, assez pessimiste... ça fait pas envie vu comme ça, hein ? Et pourtant, comme tous les Barbara Pym, je l'ai lu sans le moindre ennui. J'aime bien, chez elle, la distance qu'elle sait prendre avec ses personnages, sa façon de les rendre terriblement attachants en dépit de leurs travers, de leur côté toujours étriqué, et souvent pusillanime... On se surprend à compatir et à vouloir leur bien. Et Pym, en terme d'élégance stylistique, elle aussi se pose là. Phrases courtes, précises, peu de superflu. Le genre que j'aime. Sans doute mon côté vieille dame anglaise dans sa petite robe à fleurs qui ressort, va savoir.

Plus un Pratchett entre chaque, histoire de s'alléger un peu le moral. Je ne fait pas dans le détail, pour résumer on va dire qu'on peut se passer du Fabuleux Maurice et ses rongeurs savants, pas palpitant, alors que la Huitième fille et, surtout, Mortimer, c'est tout bon comme j'aime. Et j'ai sans doute oublié deux ou trois livres dans le tas, mais si je ne m'en souviens pas là tout de suite, c'est que vraiment ça valait pas le coup.

jeudi 8 décembre 2005
19:42 :: lecturation

Margaret Atwood - La servante écarlate

Margaret Atwood - La servante écarlateEncore un livre impossible à lâcher. Pourtant, l'ambiance n'est pas très légère. La droite-catho-conservatrice-fascisante arrive au pouvoir après des années de dénatalité (la pollution a engendré une vague de stérilité). Les quelques femmes encore capables d'ovuler sont muselées, enfermées, surveillées, ré-éduquées puis mises à disposition de l'élite en mal d'enfants pour servir d'utérus de substitution.

Je sais, mes lectures ne donnent pas dans le joyeux, surtout que j'enchaîne avec le Donna Tartt où ça rigole pas à toutes les pages non plus. Mais j'ai besoin de gros pavés pour m'assommer le soir, alors on fait comme on peut.

La Servante Ecarlate n'a pas réussi à m'assommer pourtant. C'est l'histoire d'une de ces servantes. C'est âpre, désabusé. On suit ses pensées au quotidien, qui sont les seules choses personnelles encore à sa disposition. Elle s'accroche aux souvenirs, à sa vie d'avant. Tout en sachant que cela ne change rien, que sa vie actuelle c'est de prier pour que ses ovaires ne la lachent pas et qu'elle soit engrossée le plus rapidement possible.

Il y a un peu de sauvagerie et de révolte, parce que ça finit bien par arriver. C'est une lecture un peu étouffante, un peu effrayante aussi. Atwood décrit avec lenteur et précision ce monde qui a disjoncté. On y est plongé en quelques pages. Et cette société là, si on y réfléchit deux secondes, n'est pas vraiment surréaliste ou improbable. On pourrait y arriver, comme ça, sans vraiment s'en rendre compte, sans l'avoir vue venir de loin.

mercredi 23 novembre 2005
15:22 :: lecturation

Marie Darrieussecq - Le pays

Marie Darrieussecq - Le paysTiens une petite chronique de lecture, ça va vous changer un peu... Encore que, comme je ne vais pas être super sympa avec celui-là, ça va être du genre bref et déçu.

Quand j'ai refermé le livre, j'ai pensé à un mot. C'était "Zut". Encore une qui cherche à me faire de la peine alors que je viens de chanter ses louanges quelques billets plus tôt. Bon, un peu de peine, pas la grosse dégringolade non plus. Disons que je me suis un peu ennuyé, alors qu'avec elle, d'habitude, je flotte dans l'onirisme cotonneux. A croire que la maternité l'a rendue plus terre à terre, et ce qui était charmant avec Le bébé, parce que c'en était le principe même, est un peu soporifique à la longue.

Quelques bonnes idées bien sûr. La maison des morts, et son côté addictif, entre autres. Et des inventions stylistiques assez belles, de-ci de-là. Au moins, elle n'hésite pas à jouer avec la langue, toute en restant lisible.

(hein, Chloé Delaume ? c'est vrai, t'as l'air sympa, intelligente et tout, ton site est vraiment bien, en plus tu joues aux Sim's, mais Le cri du sablier, pas pu. Pourtant, j'avais vraiment envie d'aimer, hein, mais non, c'est pas venu, et il m'est tombé des mains. Je ne désespère pas pour autant, et je crois même que je vais en tenter un autre un de ces jours, c'est dire si tu me fais envie, quand même...)

Oups, je dérive. On résume : Le Pays, je vais dire "peut mieux faire". D'autant que "a mieux fait". Si, c'est vrai, lisez Bref séjour chez les vivants ou Naissance des fantômes, par exemple, vous m'en direz des nouvelles.

mercredi 2 novembre 2005
17:10 :: lecturation

Marie Darrieussecq - Le bébé

Marie Darrieussecq - Le bébéIl y en a qui font des albums photos... et qui te torturent avec dès que tu as le malheur de passer à portée. Et là t'as tout. A la maternité, avant, pendant et après l'expulsion du placenta (hoooo). Arrivé à la maison, papa fait tomber le couffin (hihi). Bébé bave-vomit-rôte (rayer la mention inutile) sur papy (héhéhé). Bébé mange Sophie la girafe (rhô, trognon, non ?). Maman secoue Bébé trop fort (huhu). Papa se barre avec la baby-sitter (halala). Maman fait un sérieux baby-blues et met la tête dans le four (boum). Bébé sniffe sa première ligne de coke à 3 mois (prrrrt). Toute cette sorte de choses fascinantes pour les parents et plus tard pour le bébé en question (s'il survit), mais toi, ben...

Darrieussecq fait un album écrit. Des fragments, concis, efficaces. Ce qui change dans ses conceptions après la naissance. Ses doutes, ses joies, les petites choses impalpables ou sacrément palpables de sa nouvelle vie.

Bon, moi, à la base, les bébés, je m'en surcontrefous. Pour moi j'entends. La paternité, blablabla, transmettre, gnégnégné, je crois que ce n'est même pas à l'état de questionnement dans ma vie. Mais j'aime bien ceux de mes amis, j'aime bien jouer avec, les papouiller. Même gronder ou être à peu près autoritaire quand il le faut. Je crois que je fais un tonton/parrain acceptable et ça me suffit largement.

Sans remettre cet état de fait en cause, le livre m'a fasciné. Parce que Darrieusecq est suffisamment douée et talentueuse pour donner à son histoire une portée universelle. Et parce qu'elle ose dire que la maternité, ce n'est pas qu'un océan de bonheur, même si ça l'est en partie. C'est aussi du caca, de la bronchiolite, de l'angoisse, au milieu des risettes et des gouzis-gouzis.

A part ça, ça détonne un peu dans la bibliographie de la dame, simplement parce que ce n'est pas un roman, mais plutôt un journal, morcellé mais authentique. C'est plein de belles choses. Maintenant, j'attends de déguster Le pays avec encore plus d'impatience. Et vous avez vu, j'ai réussi à ne pas dire qu'elle était géniale. Ca me brûle les doigts pourtant. Mais je l'ai pas dit. Alors qu'elle l'est, de toute évidence.

dimanche 30 octobre 2005
00:23 :: lecturation

Siri Hustvedt - Tout ce que j'aimais

Siri Hustvedt - Tout ce que j'aimaisHa ca, il m'en a donné de la peine celui là. La faute au titre, qui tombait fort mal, vous en conviendrez, en cette période de jachère amoureuse. N'empêche, si j'ai eu du mal à en venir à bout, ce n'est en tout cas ni à cause de l'écriture, ni à cause de l'auteur. C'est juste que le sujet. Là, tout de suite, j'arrivais très moyennement à le séparer de ma vie. Alors j'y suis allé à coups de 25 - 30 pages par soir, juste de quoi m'assommer. C'est pas pour ça que je dormais mieux, mais au moins je m'endormais, prêt pour le cauchemard du jour. Je m'égare, huh ? Je sais.

Comme je ne fais rien comme tout le monde, je préfère Siri Hustvedt à son mari. Ouais. Lui, il ne m'a scotché qu'une fois, avec un roman dont je ne me suis jamais vraiment remis : Le voyage d'Anna Blume. Hustvedt, elle, elle m'a eu à tous les coups, avec Les yeux bandés d'abord, et L'envoûtement de Lily Dahl ensuite. Pourtant j'ai quelques menus reproches à lui faire. Enfin, essentiellement, un certain manque de maîtrise. Ca part on ne sait trop où, ça digresse, ça superflute. Mais mais mais, le sujet est bon, le style est fluide, alors on pardonne.

Là, ça digresse encore. On va où ? ben nulle part, et partout, à travers des vies singulières, des bonheurs instables et des drames foudroyants. Alors cette fois, je me suis dit que la digression et les petits trucs racontés qui ne servent un peu à rien, ils collaient à leur sujet. Dans ta vie aussi, penses-y, il y a plein de trucs inutiles tous les jours. Et je me suis rendu compte à la fin qu'ils avaient leur place, tous ces non-évènements, et que tout s'emboitait à merveille. Et une chose aussi, le personnage principal, c'est quand même New-York, et ça...

Bon, sur ce, je passe à Darrieussecq et son Bébé. Je n'ai pas encore pu choper Le pays, dont j'attends beaucoup, dans les rayons de la médiathèque, mais ça ne saurait tarder. Oui, Darrieussecq est dans mon panthéon des auteurs francophones contemporains géniaux (avec Angot, je le rappelle histoire de me re-faire des ennemis). Mais on en parle un autre jour.

Et pas la peine de me faire remarquer qu'en ce moment j'écris mal, je sais. Quand je pourrais dormir, je ferai un effort.

samedi 8 octobre 2005
14:53 :: lecturation

Rebecca Dautremer

Philippe Lechermeier & Rebecca Dautremer - Princesses oubliées ou inconnuesJ'étais tombé sur Dautremer par hasard il y a un an. J'avais un cadeau de Noël à faire, et Princesse oubliées ou inconnues... venait de sortir. J'étais à la Fnouc, et je me suis retrouvé comme un petit garçon émerveillé. L'idée est simple : on connait tous par coeur les princesses classiques de contes de fée qui se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. Mais certaines ont eu moins de succès. C'est réparé avec les présentations de Von Badaboum, Capriciosa ou De La Molle. Des princesses aux destins aussi singuliers que possible. Les dessins sont pleins de poésie et de petits détails dans tous les sens, c'est un régal.

Rebecca Dautremer - L'amoureux Et puis maintenant sortez vos mouchoirs, parce que le deuxième dont je parle, L'amoureux, je l'avais offert il y a quelques semaines à .play.pause. Juste avant qu'il n'appuie sur .eject en fait. Donc, avec le recul, c'était pas vraiment une bonne opération, du coup, huh. Un joli livre ne sauve pas un couple en danger quoi. Mais cette histoire là vous la connaissez maintenant alors je passe. Encore un très beau livre, les illustrations oniriques de Dautremer collent à merveille au texte. Salomé ne comprend pas pourquoi Ernest s'en prend toujours à elle et lui fait des misères à l'école. Sa mère lui dit que c'est peut-être parce qu'il est amoureux d'elle. Mais être "à Moureu", pour Salomé, ça ne veut pas dire grand chose. Alors elle demande autour d'elle, et parmi ses copains et copines, tout le monde a une très bonne explication. C'est très amusant, très poétique... et très beau, mais vous aurez compris que je suis en adoration devant cette illustratrice.

[Edit du 20/10/05 : billet modifié (= amputé de son premier paragraphe) parce que parler des projets en cours au boulot, c'est mal, enfin, c'est surtout pas très malin, et après tes collègues tombent dessus par hasard, ils comprennent qui tu es et ça te fait un peu tout bizarre. Saint-Google veut ma peau.]

jeudi 4 août 2005
18:56 :: lecturation

Lectures d'été

Je n'ai pas fait que glander pendant mon mois de congés. J'ai aussi passé (un peu) de temps à lire, vautré sur un transat, entre deux bières. Un bien bel effort que vous ne manquerez pas d'applaudir.

Virginia Woolf - La maison de CarlyleVirginia Woolf - La maison de Carlyle

Quelques nouvelles de jeunesse, qui ont failli ne jamais être publiées. Leonard Woolf est mort juste après avoir donné le cahier manuscrit à dactylographier. Le carnet a été oublié dans un tiroir, pour être retrouvé récemment à l'occasion d'un déménagment...

Quelques récits très brefs, comme des croquis de travail, avec déjà l'oeil et la plume acérés de Woolf. C'est un peu à réserver aux inconditionnels, d'autant que la préface et les notes, les deux parties étant fort intéressantes, prennent plus de place que les textes eux-mêmes.

Terry Pratchett - MasquaradeTerry Pratchett - Masquarade

Pratchett, même quand c'est pas très bon, c'est toujours au moins un peu bon. Ben là c'est très bon. Ce coup-ci, il s'attaque à l'opéra (ça plairait à Kozlika tiens), et pour mon grand plaisir y fait jouer Agnès Créttine, en voix off d'une blondasse idiote mais plus présentable aux yeux du public. Malheureusement, il n'exploite pas assez ce personnage, Agnès me plait beaucoup et mériterait plus de place.

A part ça, c'est drôle, comme d'habitude, plein d'idées saugrenues et jouissives. Et puis dès qu'il y a les deux vieilles sorcières, quoi qu'il leur arrive, moi je suis déjà en extase.

Arto Paasilina - Petits suicides entre amisArto Paasilina - Petits suicides entre amis

Sur les conseils d'un collègue. Je l'ai pas vraiment fini là. Et, comment dire ça sans être grossier ? heuuu...

Ah voilà : la ouache, qu'est-ce qu'on s'emmerde. Les ficelles sont énormes, les personnages à la limite du pénible, l'histoire saugrenue, le style lourd.

Rien d'autre à dire (c'est déjà pas mal là je trouve), je peine dessus et pense déclarer forfait bientôt. D'autant qu'entre temps, j'ai lu la merveille qui suit :

Jasper Fforde - L'affaire Jane EyreJasper Fforde - L'affaire Jane Eyre

et là, le meilleur moment bouquinesque de mes vacances. Soyons clairs, on ne lira pas Fforde pour ces qualités d'écriture, il en est pour ainsi dire quasiment dépourvu. Ou alors il est très mal traduit, c'est une possibilité. Mais alors, quelle imagination, quelle créativité. Dés le début, son univers se tient, et pourtant ça va dans tous les sens. C'est foisonnant, fascinant, intelligent, drôle et le tout sans être prétentieux. Alors, faut aimer l'uchronie (merci Pingui!) et le fantastique, mais après ça part tout seul. Pour ceux qui en veulent plus (donc pas pour le Pingui sus-cité, huhu) on peut aussi faire un tour sur le site vilain mais bien rempli, de l'auteur.

mardi 31 mai 2005
17:50 :: lecturation

V.W. - Geneviève Brisac & Agnès Desarthe

V.W. - Geneviève Brisac & Agnès Desarthe Il y a eu beaucoup d'éloges sur cet essai depuis sa sortie. C'est plus que mérité. On se situe entre la biographie (sélective et non chronologique) et la réflexion sur l'écriture woolfienne (ses origines, sa maturation) le tout remarquablement mélé. Et dans un style d'une finesse rare pour le genre, on sent bien que ce sont deux romancières qui écrivent sur une troisième.

On est loin de la thèse doctement universitaire. C'est du ressenti dont il est question, et cela donne parfois une impression de vagabondage, de flou. Impression seulement. Si ce livre s'avale comme un roman, il est documenté et précis. Et il souligne comme rarement je l'avais vu toute la modernité de Woolf.

Agnès Desarthe - Le principe de Frédelle Du coup, dans la foulée, j'ai lu Le principe de Frédelle, d'Agnès Desarthe. Pour me rendre compte ensuite que j'avais déjà lu d'elle Un secret sans importance, il y a quelques années. Celui-là m'avait laissé un goût de mal-fini, alors que Frédelle m'a étonné. Agacé parfois aussi, ça part un peu dans tous les sens, on ne sait pas bien où l'on nous mène. Et puis Frédelle est sacrément tordue (et il y a de quoi). Au bout du compte, je me suis laissé emporter par le récit, très onirique, très délicat et au style presque enfantin de Desarthe.

Et le retournement de situation final (non, je ne vais pas raconter la fin, rhôôô, calmos, je vais être aussi allusif que possible), m'a vraiment épaté. Sans être une totale surprise, je ne m'attendais vraiment pas à ce que cela soit à ce point. C'est suffisamment allusif ça non ? Tellement que personne ne comprend sans doute de quoi je parle, parce que ça m'étonnerait qu'on soit très nombreux à l'avoir lu celui-là...

mercredi 27 avril 2005
20:38 :: lecturation

Régine Detambel - La Chambre d'écho

J'avais plein de choses à dire sur Detambel. J'avais même écrit un billet presque long pour une fois. Sauf que j'ai cafouillé, qu'un backspace inopportun m'a échappé avant la sauvegarde, et que ma talentueuse prose a disparu dans les limbes. Monde de merde bis.

Bien sûr, maintenant je n'ai aucune envie de recommencer, alors je vais faire simple. J'aime beaucoup Régine Detambel. La chambre d'écho, loin d'être mauvais, n'est pas, à mon sens, son meilleur roman. Si vouis ne la connaissez pas, lisez plutôt Le jardin clos, qui est une merveille.

Elle sait toujours aussi incroyablement bien écrire le corps vivant, le corps qui souffre ou qui exulte. La peau, la chair, le souffle, elle sait ça, Detambel. C'est pour ça que je l'aime. Pour autant La chambre d'écho, sans me laisser de marbre, ne m'a pas emballé outre mesure.

(alors que V.W. de Desarthe et Brisac, je suis en train de me l'envoyer avec délice et béatitude tellement c'est fin, intelligent et bien écrit...)
Je n'ai pas réussi à mettre le doigt sur ce qui m'a manqué ici, mais je me suis un peu ennuyé. Peut-être parce que les personnages ne m'ont pas inspiré la sympathie ou la compassion qu'ils auraient dû ?

Régine Detambel - La Chambre d'écho

mardi 29 mars 2005
16:23 :: lecturation

Margaret Atwood - La voleuse d'hommes

Bof. Un bon divertissement, ça occupe pendant les fréquents aller-retour en train. Voilà. Bof quand même.

Lisez plutôt Le Tueur Aveugle

(que j'avais eu la flemme de compte-rendutiser il y a quelques mois, ce qui est fort dommage car c'est fort bon)
ou même Captive. Ca divertit ET c'est original ET il y a une certaine recherche formelle. Là, formellement, bof. Et côté originalité, à part que la méchante est super-méchante, et qu'on aime autant la détester que satisfaire son propre sadisme en savourant comment elle va pourrir la vie des autres... bof.

Margaret Atwood - La voleuse d'hommes

mardi 22 mars 2005
22:53 :: lecturation

Douglas Coupland - Life After God

Oui, on peut se moquer, ça fait des plombes que je l'ai terminé et je n'en ai toujours pas parlé. Ca fait quelques autres plombes que je suis sur le Margaret Atwood. J'ai la lecture un peu besogneuse ces derniers temps... la tête ailleurs, à regarder .play.pause avec mes yeux énamourés et mon sourire nunuche, à lui mordiller les oreilles en écoutant Claudine longet faire Hello, Hello, ou Angela McCluskey me dire de la part de Télépopmusik que when love comes calling, don't look back, when love comes calling, don't look away...
(ouiouioui, c'est dans la radio, fais-toi du plaisir auditif, lecteur rare mais adulé, donne-moi la main et chantons ensemble : would you like some of my tangeriiine ?)
Je m'égare, je voulais parler de Coupland. Que j'ai vénéré dès que j'ai lu Génération X. Dont je guette chaque traduction avec une impatience fébrile (et ça sort au compte-goutte, et tout ne sort pas, et je suis scandalisé, blah blah blah). En fouillant les étagères de mon namoureux, je suis tombé sur ce Life after God, jamais traduit chez nous. Après avoir hululé de joie, je l'ai commencé. En anglais, ce qui ne m'était pas arrivé depuis fort longtemps, j'avais un peu peur d'avoir du mal. Et j'en ai eu au début, je ne trouvais pas le lien entre les chapitres et la psychologie du personnage principal me paraissait totalement incohérente. Tu m'étonnes, c'est pas des chapitres... c'est un recueil de nouvelles, je n'ai fait tilt qu'à la troisième. Allez-y, ricanez, si ça vous fait du bien.

Passé ce petit moment "I'm so stupid", je me suis envoyé la chose avec un certain plaisir, mais sans plus. Coupland est un (très) bon romancier, mais pour moi la nouvelle n'est pas le domaine qui lui convient. On retrouve ses thèmes de prédilection (j'ai trente ans, je fais quoi, je vais où, je m'ennuie, est-ce que j'ai vraiment envie de me poser ces questions ou alors de laisser faire, quel est le sens de tout ça ?), qu'il déroule depuis Génération X avec un talent incroyable.

(sauf peut-être qu'il ne sait pas les terminer, ses si bons romans, et que ça vire souvent au n'importe quoi, voire au happy-end inattendu et mal-venu, mais ça n'engage que moi)
Là il n'a pas le temps de poser ses personnages, alors ils manquent légèrement de consistance, et on reste un peu sur sa faim à chaque fois. Une des nouvelles sort clairement du lot : The Dead Speak. Je ne suis pas sur d'arriver à en parler, tellement elle m'a imprégné et m'imprègne encore. Après une explosion nucléaire, quelques morts pris au hasard racontent leur dernière minute, où ils étaient, ce qu'ils faisaient à cet instant précis, les quelques secondes d'incompréhension, le flash, les brûlures, jusqu'au moment exact où ils sont morts. C'est très impressionnant... ou en tout cas, ça m'a beaucoup impressionné.

Douglas Coupland - Life after god

dimanche 6 février 2005
20:10 :: lecturation

Christine Angot - Une partie du coeur

J'ai rempilé. Je ne peux pas m'en empêcher, je vois "Angot" écrit quelque part et je lis, ça tient du réflèxe conditionné. Et j'ai bien cru que j'allais encore m'énerver.

Une partie du coeur, c'est limite chiant faut dire. Elle va où, elle veut dire quoi ? Pourquoi elle vient encore nous gonfler, si vite après Les désaxés ? J'ai failli lâcher prise au milieu, parce que ça me saoûlait. Un peu penaud, mine de rien, ça fait à peine 100 pages, c'est pas la mer à boire. Mais vraiment pas envie de l'écouter cette fois. Le livre a trainé quelque temps, ouvert, au pied du lit.

Je l'ai rouvert l'autre nuit, bien décidé à en finir. C'était toujours un peu casse bonbons, mais déjà je me laissais un peu plus faire. Et puis j'en suis arrivé aux dernières pages. Elle m'a eu la Christine. Ca valait l'effort, ne serait-ce que pour ces lignes là, où j'ai retrouvé ce qui m'avait fait aimer Angot quand j'ai commencé à la lire.

La recherche du mot juste pour dire l'émotion juste, sa vénération pour la littérature, ses larmes pour la littérature. Et n'en déplaise aux esprits chagrins, qui ne verraient dans ses pleurs, là, à la toute fin, que des larmes de crocodile. C'est qu'ils ne l'ont pas lue.

Christine Angot - Une partie du coeur

jeudi 27 janvier 2005
22:17 :: lecturation

Guillaume Le Touze - Attraction

Tiens, la quatrième de couverture, ça m'évitera de me casser la tête à résumer.

Irène vit en étroite dépendance avec le mensonge. Toute à sa fascination pour ses constructions imaginaires, elle se fait passer pour une autre et vole ainsi une presque enfant : une adolescente mentalement handicapée pour laquelle elle éprouve une tendresse extraordinaire. Mais si ces deux femmes semblent totalement inséparables, si la grâce enfantine qui les unit n'est autre que l'incapacité à supporter ou à affronter le réel, la vérité, elle, ne tarde pas à les rattraper. Dès lors tout s'écroule, ou, plus précisément, tout est sur le point de s'écrouler. A moins qu'il ne suffise de refuser, encore une fois, l'inévitable...
Pas mal du tout, assez inattendu. J'aime bien Guillaume le Touze de toute façon (lis donc Comme ton père si tu t'embêtes, c'est très bien aussi). La narration tout au présent, j'accroche un peu moins. Ca alourdit l'écriture qui sans ça aurait sans doute mieux coulé. Mais l'histoire est originale, et l'héroïne arrive à être aussi agaçante qu'attachante.
(et puis j'aime bien son prénom, Irène... oui oui, je sais, et le premier qui... bref, hein. Ceux qui savent les prénoms que j'aime me font assez de réflexions désobligeantes comme ça, pas la peine d'en remettre une couche, je te l'ai dit il y a quelques billets de ça : je t'emmerde te dis zut)
On perd pied de temps en temps, le Touze joue habilement des faux semblants. C'est plus maîtrisé qu'Etonne Moi par exemple, qui semblait lui échapper par moments.

Guillaume le Touze - Attraction

jeudi 6 janvier 2005
19:14 :: lecturation

Patrick Gale - Chronique d'un été

Je l'ai lu. C'est très bien. Voilà.

Et si tu veux savoir de quoi ça parle t'as qu'à être un peu moins feignasse, bouger ton cul vers la fnac la plus proche, l'acheter avec tes petits sous-sous et le lire avec tes petits nyeux-nyeux.

Et non, je ne pense pas pouvoir être plus aimable pendant un certain laps de temps. Pour ça il faudrait que j'arrête de pleurer. Ca se calme doucement, mais c'est pas encore gagné. En attendant, je t'emmerde, j'ai le chagrin agressif comme d'autres ont le vin triste.

Patrick Gale - Chronique d'un été

vendredi 17 décembre 2004
17:52 :: lecturation

Banana Yoshimoto - N*P

Ahahah, la belle feinte, tout le monde croyait que j'en finissais pas du Pratchett, alors que je me suis envoyé N*P en même temps. Ben oui, Agen-Orléans en train, c'est facilement 5h aller / 5h retour, j'ai largement le temps de m'envoyer des bouquins quand je pars faire chabadabada le week-end. Et de lire Elle en entier. Et le numéro de Technikart avec son dossier sobrement intitulé "La bite génération" qui semblait fasciner ma voisine de TER.

Ah, et je ne vais pas parler du Pratchett en question, parce qu'effectivement j'ai du mal à le finir et qu'il n'est pas très bon. En fait, je crois que je vais arrêter les Pratchett quelques temps. Mais avec les auteurs qui me plaisent à un moment, je suis comme avec certains albums : en boucle jusqu'à la nausée. Blourps.

N*P donc. Lu sur les (forts bons) conseils du Roncier. De re-Yoshimoto, celle qui avait fait Kitchen.

Un auteur. Mort. Ses traducteurs. Suicidés aussi sans avoir achevé leur travail, et à cause de leur travail. Et par petites touches légères, comme une aquarelliste, Yoshimoto fait vivre ceux qui restent, les enfants, les maîtresses. Comment survivre. Là encore, il ne se passe pas grand chose, je veux dire par là qu'il ne faut pas s'attendre à des rebondissments en cascade ou a une action soutenue. Tout est dans la suggestion, rien ne s'embarasse de pesanteur. Les personnages sont difficiles à suivre, parce que nous n'avons pas toutes les clefs, mais terriblement attachants. Comme dans Kitchen, il est question de passage, de grandir, de supporter sa douleur et d'en faire une composante de soi, pas une ennemie. On aura compris que ça m'a plu, je l'ai même trouvé supérieur à Kitchen, bien mieux maîtrisé. Et puis ça me parle de toute façon, vous savez pourquoi maintenant. Ce sujet là, abordé sans pathos et du point de vue des survivants, c'est tellement rare.

Banana Yoshimoto - N*P