vendredi 27 janvier 2006
17:24 :: lecturation
Lapin de mars
Aucun rapport avec le lapin de tous les lapins. C'est juste que comme celui de Scaroll, je suis, comme qui dirait, grave en retard. A passer mon temps ici à chouiner sur mes états d'âme, je n'ai pas eu le courage de parler des derniers bouquins que je me suis envoyé. Faut dire aussi que ça a pas été l'extase du siècle à ce niveau là non plus. Alors, dans le désordre et vite fait pour s'en débarraser :
Nina Bouraoui, Poupée Bella
Au départ, ce n'est pas celui-ci que je voulais lire, c'était Mes mauvaise fréquentations, mais il était emprunté (drame de la vie du bibliothécaire : laisser les nouveautés en priorité aux usagers, si ça tient pas du sacerdoce tout ça). Rien à en dire en particulier, vite lu, vite oublié, sans déplaisir mais sans passion non plus. Quelques phrases qui frappent juste de ci de là... mais je l'ai connue en meilleure forme, plus incisive, plus inspirée. Je me rappelle de Garçon manqué, entre autres, et on en est quand même assez loin. Et puis entre temps, je me suis rendu compte que ce qui intéressait tout le monde dans le suivant c'était de savoir si elle avait effectivement été la maîtresse d'un chanteuse à pédés rurale, rousse et pénible... je crains le pire.
Frederic Beigbeder, Windows on the World
Là, j'étais plein d'idées préconçues. L'auteur m'agace dans ses apparitions publiques, du coup j'hésitais. Et puis on m'en a parlé plusieurs fois, en bien, alors j'en ai pris un au pif, histoire de me faire ma propre idée. Et bien c'est pas mal. Le sujet (le 11 septembre) est sensible pour beaucoup de monde j'imagine, je craignais qu'il n'en fasse une bouillie indigeste. Mais non, il s'en sort bien. La construction, assez classique de prime abord (alternent un chapitre où lui-même parle, le suivant où le "je" est une des victimes), est finalement intéressante. A partir du milieu, il devient sacrément poseur, mais avec, je crois, pas mal d'honnêteté. Et puis, allez, je dois reconnaître qu'il écrit assez bien, sans génie (je n'en demande pas tant de toute façon), mais avec une sensibilité indéniable.
Donna Tartt, Le petit copain
L'ennui fait livre, ou "comment je me suis grave endormi face à ce pavé indigeste". Tellement que, j'avoue mon crime, je me suis arrêté au milieu et l'ai sagement remis en rayon avant de céder à l'envie de m'en servir de cale-portes. Le maître des illusions m'avait, à mon grand étonnement, tenu en haleine tout du long. J'étais impatient de me farcir le second machin de la dame, mais voilà, il ne se passe rien, il fait chaud dans ce coin des USA, on y transpire à grosses gouttes, il y a un mystère mystérieusement mystérieux à résoudre, mais tout le monde s'en fout, moi le premier. Style sans intérêt particulier, avec, pour m'achever, des erreurs et/ou approximations de traduction qui me faisaient bondir du lit... C'est bon, on a compris ce que j'en avais pensé où je dois préciser encore ?
(C'est long comme billet, hein ? de toute façon, on s'en tamponne, presque personne ne lit quand je parle bouquin. Si, j'ai des stats pour le prouver, la ramenez pas...)
Barbara Pym, Quatuor d'automne
Un peu lent, un peu triste, très anglais, très nostalgique, assez pessimiste... ça fait pas envie vu comme ça, hein ? Et pourtant, comme tous les Barbara Pym, je l'ai lu sans le moindre ennui. J'aime bien, chez elle, la distance qu'elle sait prendre avec ses personnages, sa façon de les rendre terriblement attachants en dépit de leurs travers, de leur côté toujours étriqué, et souvent pusillanime... On se surprend à compatir et à vouloir leur bien. Et Pym, en terme d'élégance stylistique, elle aussi se pose là. Phrases courtes, précises, peu de superflu. Le genre que j'aime. Sans doute mon côté vieille dame anglaise dans sa petite robe à fleurs qui ressort, va savoir.
Plus un Pratchett entre chaque, histoire de s'alléger un peu le moral. Je ne fait pas dans le détail, pour résumer on va dire qu'on peut se passer du Fabuleux Maurice et ses rongeurs savants, pas palpitant, alors que la Huitième fille et, surtout, Mortimer, c'est tout bon comme j'aime. Et j'ai sans doute oublié deux ou trois livres dans le tas, mais si je ne m'en souviens pas là tout de suite, c'est que vraiment ça valait pas le coup.
Encore un livre impossible à lâcher. Pourtant, l'ambiance n'est pas très légère. La droite-catho-conservatrice-fascisante arrive au pouvoir après des années de dénatalité (la pollution a engendré une vague de stérilité). Les quelques femmes encore capables d'ovuler sont muselées, enfermées, surveillées, ré-éduquées puis mises à disposition de l'élite en mal d'enfants pour servir d'utérus de substitution.
Il y en a qui font des albums photos... et qui te torturent avec dès que tu as le malheur de passer à portée. Et là t'as tout. A la maternité, avant, pendant et après l'expulsion du placenta (hoooo). Arrivé à la maison, papa fait tomber le couffin (hihi). Bébé bave-vomit-rôte (rayer la mention inutile) sur papy (héhéhé). Bébé mange Sophie la girafe (rhô, trognon, non ?). Maman secoue Bébé trop fort (huhu). Papa se barre avec la baby-sitter (halala). Maman fait un sérieux baby-blues et met la tête dans le four (boum). Bébé sniffe sa première ligne de coke à 3 mois (prrrrt). Toute cette sorte de choses fascinantes pour les parents et plus tard pour le bébé en question (s'il survit), mais toi, ben...
Ha ca, il m'en a donné de la peine celui là. La faute au titre, qui tombait fort mal, vous en conviendrez, en cette période de jachère amoureuse. N'empêche, si j'ai eu du mal à en venir à bout, ce n'est en tout cas ni à cause de l'écriture, ni à cause de l'auteur. C'est juste que le sujet. Là, tout de suite, j'arrivais très moyennement à le séparer de ma vie. Alors j'y suis allé à coups de 25 - 30 pages par soir, juste de quoi m'assommer. C'est pas pour ça que je dormais mieux, mais au moins je m'endormais, prêt pour le cauchemard du jour. Je m'égare, huh ? Je sais.
J'étais tombé sur Dautremer par hasard il y a un an. J'avais un cadeau de Noël à faire, et Princesse oubliées ou inconnues... venait de sortir. J'étais à la Fnouc, et je me suis retrouvé comme un petit garçon émerveillé. L'idée est simple : on connait tous par coeur les princesses classiques de contes de fée qui se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. Mais certaines ont eu moins de succès. C'est réparé avec les présentations de Von Badaboum, Capriciosa ou De La Molle. Des princesses aux destins aussi singuliers que possible. Les dessins sont pleins de poésie et de petits détails dans tous les sens, c'est un régal.
Et puis maintenant sortez vos mouchoirs, parce que le deuxième dont je parle, L'amoureux, je l'avais offert il y a quelques semaines à .play.pause. Juste avant qu'il n'appuie sur .eject en fait. Donc, avec le recul, c'était pas vraiment une bonne opération, du coup, huh. Un joli livre ne sauve pas un couple en danger quoi. Mais cette histoire là vous la connaissez maintenant alors je passe. Encore un très beau livre, les illustrations oniriques de Dautremer collent à merveille au texte. Salomé ne comprend pas pourquoi Ernest s'en prend toujours à elle et lui fait des misères à l'école. Sa mère lui dit que c'est peut-être parce qu'il est amoureux d'elle. Mais être "à Moureu", pour Salomé, ça ne veut pas dire grand chose. Alors elle demande autour d'elle, et parmi ses copains et copines, tout le monde a une très bonne explication. C'est très amusant, très poétique... et très beau, mais vous aurez compris que je suis en adoration devant cette illustratrice.
Virginia Woolf - La maison de Carlyle
Terry Pratchett - Masquarade
Arto Paasilina - Petits suicides entre amis
Jasper Fforde - L'affaire Jane Eyre
Il y a eu beaucoup d'éloges sur cet essai depuis sa sortie. C'est plus que mérité. On se situe entre la biographie (sélective et non chronologique) et la réflexion sur l'écriture woolfienne (ses origines, sa maturation) le tout remarquablement mélé. Et dans un style d'une finesse rare pour le genre, on sent bien que ce sont deux romancières qui écrivent sur une troisième.
Du coup, dans la foulée, j'ai lu Le principe de Frédelle, d'Agnès Desarthe. Pour me rendre compte ensuite que j'avais déjà lu d'elle Un secret sans importance, il y a quelques années. Celui-là m'avait laissé un goût de mal-fini, alors que Frédelle m'a étonné. Agacé parfois aussi, ça part un peu dans tous les sens, on ne sait pas bien où l'on nous mène. Et puis Frédelle est sacrément tordue (et il y a de quoi). Au bout du compte, je me suis laissé emporter par le récit, très onirique, très délicat et au style presque enfantin de Desarthe.