(raindrops)

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samedi 17 décembre 2005
10:52 :: sigmundologie

Toiture en zinc

Alors ?

Alors je suis logé, pour au moins quelques mois. J'ai le temps de me poser, de voir venir.

Les choses ont drôlement avancé depuis lundi soir. Vous n'êtes plus du tout dans le même état d'esprit.

Non. C'était comme la dernière fois où j'ai déménagé. Peur panique d'être sans toit. Maintenant que c'est réglé...

Sans toit... [elle marque une petite pause, elle adore faire ça, puis, avec sa malice lacanienne habituelle, elle enchaîne] Sans toi-t ou sans toi ?

Je n'ai pas envie d'aller par là.

Sans doute, mais vous n'avez pas vraiment le choix, n'est-ce pas ?

[intérieurement] Salooooooooooope !

lundi 12 décembre 2005
21:10 :: sigmundologie

L'analyste arrosée

Sur la fin de la séance, d'une association à l'autre, je me mets à pleurer. Pas le sanglot étouffé habituel, non, de vraies grosses larmes, le nez qui coule, la voix qui dérape. Je lui fais la totale. Je hoquète. J'évacue. Je purge. C'est bon.

C'est bon parce que ce n'est pas dans le vide. Ce n'est pas, comme ces dernières semaines, pour une mauvaise raison alibi. Ces larmes là, je sais d'où elles viennent. De loin. De ma préhistoire, ou de mon moyen-âge. Il était temps.

Je suis là où je n'avais pas voulu aller la dernière fois. Le doigt dans ma plaie. Je fouille. J'appuie. Les larmes dégoulinent, vexées d'être délogées de leur cachette. J'appuie plus fort. Je fais saigner. C'est pour la bonne cause.

A part ça, Sigmunda, jamais à court d'un bon gros lapsus qui tache :

On reprend les mêmes horaires qu'avant ? Enfin, pour le mardi j'ai un patient à cette heure-là, mais je vais le pervertir... heu, schgroumpf, le permuter.

jeudi 8 décembre 2005
16:51 :: sigmundologie

Sur la frange

Bonjour...

C'est la même, et pourtant rien n'est vraiment pareil. On dirait qu'elle a pris un petit coup de vieux. C'est idiot, la dernière fois que j'ai vue, c'était en juin. On ne prend pas un coup de vieux en six mois. C'est mon regard qui doit être différent. Ou le face à face. Avant, allongé, je la voyais peu. On s'habille toujours glamour à ce que je vois. Mais qu'est-ce que c'est que cette frange ? Il est là le coup de vieux, elle a subi un attentat capillaire. Ou elle s'est laissée aller. C'est ma faute, quand je suis parti elle a disjoncté, elle a trouvé ça trop dur, elle a fait n'importe quoi, elle a dû... Tiens, le transfert repart bien on dirait.

Qu'est-ce qui vous amène ?

Tu sais, je n'ai pas tellement envie de répondre. Et puis je sens bien que tu m'en veux d'être là, et c'est idiot ce que je sens, parce que non, bien sûr que non. J'ai juste envie que tu m'en veuilles. J'ai sûrement fait quelque chose de mal. Laisse-moi deux minutes, que je me réapprorie le lieu avant de dire ces choses là.

Oui ?

Oui, oui, j'arrive. Regarde j'ouvre la bouche, et j'émets des sons. Ca fait des mots, des phrases, je suis lancé, je déverse, j'associe, c'est comme si je n'avais jamais arrêté vraiment. Je n'ai jamais arrêté vraiment.

ZzzzLa semaine prochaine, vous serez sur le divan. C'est mieux, pour vous, vous êtes plus libre. Et nous avons peu de temps, vous partez bientôt.

Oui maîtresse, n'importe quoi, pourvu que le merdier dans ma tête s'estompe.

Il y a un noeud à travailler là, c'est important, sinon ça ressurgira à chaque fois. Chaque fois, votre père vous quitte, c'est ça ? C'est violent, forcément vous vous demandez ce que vous avez fait de mal, quelle est votre faute ?

C'est ça connasse, et c'est aussi ce que tu disais à ton coiffeur quand il t'a posé cet écureuil crevé sur le front ?

Evidemment c'est ça. Je suis le seul à ne pas vouloir le voir. Mais je sais, je sais, il va falloir que j'y plonge les mains. Que je triture. Que je tripatouille la chair morte. Que je me maquille avec du vieux sang rance. J'ai pas envie tu sais, pas envie du tout. Je pourrais ne jamais revenir te voir, mettre un drap sur le cadavre et l'oublier, faire comme s'il n'y avait pas d'odeur de putréfaction. Ca serait simple. Sauf qu'un jour ou l'autre, le drap se mettrait à bouger, une main en sortirait... je sais, je sais. Et il m'attraperait fermement pour m'empêcher de bouger. Il fait toujours ça. L'autre nuit, dans la cuisine, il a encore essayé de me tuer tu sais ? Comme toujours.

A lundi ma caille. Fais quelque chose à tes cheveux d'ici là. Moi je vais tâcher de ne pas me faire assassiner.

jeudi 1 décembre 2005
13:21 :: sigmundologie

Ma parole ne vaut rien

Au moins vous serez prévenus.

J'avais écrit "Je coule, c'est tout, et je croyais que je savais nager, on m'a bien eu.". C'était dans ce message humiliant qui a signé la fin de toute communication entre lui et moi, envoyé après un énième cauchemar. Sur le moment, je n'ai pas vu à quel point j'étais dans le vrai, avec mes métaphores affligeantes. Sauf que je ne coule pas, je surnage. C'est déjà ça. Mais ça ne me suffit pas.

Je ne dors presque pas. Je ne mange pas assez. Je baise un peu. Je m'ennuie beaucoup. Je sors parfois picoler. J'ai quelques éclats de rire. Je pleure un coup. Ca dépend des jours, ça dépend des heures, ça dépend des gens. On aurait dû m'appeler Dépendance. Ou Versatile. Je suis englué. Echec complet, ou pas, je ne sais plus, je n'ai pas envie d'y réfléchir.

Tout à l'heure, ça ira bien, c'est ça la cyclothymie. Je ferai le billet sur le disque du moment. Celui que j'avais promis pour hier. Ma parole ne vaut rien.

Encore une preuve : la tondeuse a gagné, hier soir, son long travail de sape. Et c'est donc le poil court, l'oeil humide et la boite d'anxiolytiques dans la poche que je me rendrai à mon rendez-vous. Mercredi. Chez Madame Sigmund. Fort surprise de m'avoir au téléphone tout à l'heure.

(certaines parties de ce dialogue, basé sur des faits réels, ont été romancées pour les besoins du scénario)

[tremblottant] C'est Monsieur (raindrops), vous vous souvenez de moi ?
[vaguement vexée] M'enfin, évidemment...
[soupir géné] Est-ce que vous pouvez me recevoir ? Mmmh... Vite ?
[grognements, cherchages dans agenda] S'maine pr'chaine ? (gnnnngnnnn) Mercredi ? (gnnnngnnnn) 18h30 ?
[début de sanglot étouffé en beauté] Mouiche, crébien, à bientôt. Bisous ma puce.
[glamour] Bisous mon lapin, à trés vite, je me languis déjà.

Chérie, je ne vois plus que toi comme recours, là. Ma parole vaut quelque chose chez toi. Ca je ne l'ai pas oublié.

vendredi 11 novembre 2005
12:55 :: sigmundologie

Monster hunting

Je t'annonce la vraisemblable mort du monstre sous le lit. Je reste vigilant, mais je crois que je lui ai fait la peau. L'application immédiate de ma stratégie porte ses fruits de façon fulgurante. Et je comprends une chose. Après tout ce temps passé chez cette vieille Sigmunda, à défaire les noeuds les plus gros, j'ai absorbé son divan. Il suffit juste que j'en retrouve le chemin, c'est le plus compliqué quand ça va mal. Parce qu'il est caché au fin fond du cerveau. Et que je me laisse distraire facilement en route.

Alors j'ai trouvé. D'abord le monstre sous le lit, qui ne m'a pas offert trop de résistance au bout du compte. Il faut juste le fixer droit dans les mirettes et lui dire dégage, you're not welcome. C'est assez docile, finalement, un monstre. Ensuite, une fois qu'il s'était barré, j'ai pu faire face à ex-amoureux-qui-vit-dans-mon-inconscient. En faisant fi de ses yeux enragés. Et comprendre qui se cachait derrière, et pourquoi sa colère, et pourquoi il voulait ma mort, et pourquoi ça m'obsédait. Il s'en est évaporé, vexé. Tout retrouve sa place.

J'ai dormi, dormi, dormi. Sans rêves, sans cauchemars. Ce matin je me suis coupé les cheveux. Et j'ai vu ma tête dans la glace de la salle de bains. Et c'était moi à nouveau. Et j'ai eu une petite pensée pour Jil Caplan, dont un air me trotte dans la tête depuis deux jours. On ne se moque pas.

Jil Caplan - Le Lac Jil Caplan - Le Lac Hors-ligne

jeudi 10 novembre 2005
17:41 :: sigmundologie

Jeudi, j'ai plus de rimes en i

Oui, oui, oui, j'arrête avec ces rimes débiles. Je vais arrêter plein de trucs d'ailleurs. Pas le courage de détailler, et puis il y a de l'inavouable au milieu, mais j'arrête. Des trucs qui font mal, ou en tout cas qui ne font aucun bien. Ca va pas être facile, mais cette chienne de Madame Sigmund ne répond pas au téléphone. Alors je monte ma propre thérapie de choc.

Oui, oui, je me suis dit que là où j'en étais, quatre ou cinq séances de retour foetal sur le divan, ça ne serait pas du luxe. Juste pour comprendre, parce qu'il y a des choses dans mon comportement actuel qui m'échappent. Si, j'te jure. Je me trouve *un peu* pathologique, pathétique, et pas très bien. Juste un peu. Je sais quand je dérape trop, et là ce n'est pas le cas. Il y en a un à qui on peut demander ce que ça fait quand je me casse méchamment la gueule dans un trou noir. Il te parlerait de couteaux de cuisine et de désespoir épais comme une douzaine de Gaffiots empilés. Il a vu ça, il a réussi à me donner les moyens de m'en sortir, et ma gratitude est au-delà des mots

(il fallait que je te le dise au moins une fois, Monsieur Rustique Figuline, parce que je crois que je ne t'ai jamais vraiment remercié. Je sais ce que je te dois, entre autres d'être vivant aujourd'hui, et la patience qu'il t'a fallu. Fin de l'aparté cucul, mais c'est mieux en le disant.)
Les couteaux, désormais, restent dans leur tiroir, et les veines de mes poignets conservent leur intégrité.

Bref. J'ai tenté de joindre Sigmunda. Maintes fois depuis quelques jours. Elle doit être en vacances. A moins qu'elle ne refasse le coup de l'urgence temporaire, si ça se trouve elle est complétement folle et elle joue à ça souvent. Re-bref, je n'ai pas laissé de message, j'ai plutôt laissé tomber. Et je me suis pris entre quat'zyeux (c'est très dur à faire tout seul, je suis trèstrès fort).

Donc j'ai repéré des choses. Et je me reprends. Et ça commence par la suppression de ces trucs qui, immanquablement, me font prendre un sérieux gadin. Je te jure que ça va pas être facile, mon masochisme va hurler qu'il est en manque. Et il finira par fermer sa grande gueule, et moi par retrouver une vie normale. Je n'ai probablement pas besoin de retourner chez Madame Je-sens-bon. Juste besoin de me discipliner un peu. C'est le meilleur moyen de faire la peau au monstre de sous le lit. Et à ses petits copains.

vendredi 21 octobre 2005
15:38 :: sigmundologie

Lexo 2 - David 1

Pour moi aussi, c'est le grand retour du lexo. Entretien demain. J'en attends beaucoup. Ventre qui se tord. Déjeuner dimanche avec l'ex-amoureux. J'en attends pas grand chose. Sisi, c'est vrai. Mais on ne s'est pas vus depuis un mois, et c'est pour se rendre nos affaires respectives. Ventre qui se tord.

Ute Lemper - La peur Hors-ligne

Bon allez, une petite crise d'honnêteté ne me fera pas de mal. C'est compliqué d'être parfaitement honnête ici, parce que je sais qu'il me lit.

D'ailleurs je voulais parler de ça l'autre jour, de cette ambiguité. J'écris pour moi, en premier lieu. Pour me faire du bien, comme une suite logique à mon analyse. Puis, évidemment, je relis mon billet avant de le publier et le corrige en ayant en tête qu'il va le lire. Je sabre des passages, parfois j'ajoute une chose ou une autre, un clin d'oeil ou une petite vacherie que lui seul va pouvoir interpréter. C'est compliqué, d'ailleurs je n'ai pas réussi à en parler correctement. Je dis juste : rassurez-vous, je ne suis pas dupe de moi-même. Bref.

Mais j'ai plus de Madame Sigmund, alors il faut que ça sorte. L'entretien je sais pourquoi il me fait peur, tout ça c'est normal. Mais ce déjeuner dimanche, hein ? Vous savez à quoi je pense ? Pas que ça va me rendre un peu triste après coup, ça je m'en doute déjà et c'est pas compliqué à gérer. Ca sera aussi une bonne chose de faite.

Non, c'est pas ça. J'ai une vague inquiétude, un peu lancinante. Je ne peux pas m'empêcher de me dire que ça va très mal se passer. Qu'il va me dire des horreurs, tenter de me blesser. C'est totalement irrationnel. Il a toujours été doux avec moi, et prévenant. Je ne me rappelle pas l'avoir déjà vu s'énerver, contre moi ou même contre autre chose. Donc je n'ai aucune raison de m'inquièter à ce propos.

Sauf que. C'est plus fort que moi. Je rêve d'engueulades monstrueuses, d'insultes qui me sont destinées, de remarques assassines et humilantes. Ce n'est pas dans sa façon d'être, ce n'est pas de cette façon que nous dialoguons de ci de là depuis la séparation. Il n'y a aucune raison qu'il se conduise de la sorte. Ca va être un gentil déjeuner, un peu coincé sans doute, un peu pas tranquille, mais pas du kick-boxing. Juste la touche finale de la rupture.

Alors le problème il est chez moi. Soit. Prends ça dans ta face. Pourquoi je ne peux penser qu'au pire ? Qu'est-ce que je n'ai pas raconté chez Mrs Sigmund pour que ça revienne ? Parce que ce n'est pas un sentiment nouveau. Je crains la violence, quelle que soit sa forme, et particulièrement dans les rapports amoureux ou amicaux. J'ai souvent cette peur qui monte, que l'autre est en colère après moi et que je vais en subir les conséquences. Ca avait disparu, depuis plusieurs mois. Ca ressurgit à la faveur de cette séparation. Il y a un truc derrière, que je n'arrive pas à percevoir.

En attendant, je lexomile tranquillou, et un quart d'heure après je n'ai plus peur, les choses reprennent leur place. Un jour ou l'autre, je saurais pourquoi je réagis comme ça. Tout seul, ou sur un nouveau divan. Pour l'instant, j'attends que ça vienne tout seul, mais si ça traîne, je ne vais pas hésiter longtemps. A appeler Sigmunda. En craignant sa colère, à elle aussi, le refus de reprendre un rendez-vous, la remarque dévastatrice au téléphone ou un truc du même acabit.. Oui oui, je sais, je sais, je dois me traîner encore une toute petite névrose de rien du tout. Vos gueules.

Java - Bzzz Hors-ligne

samedi 2 juillet 2005
10:37 :: sigmundologie

Bye-bye Beauté

Bye-bye Beauté

A chaque fin de séance, Madame Sigmund utilise, presque rituellement, la même phrase. "Bon... on va s'arrêter là." Tout aussi rituellement, je me lève du divan, je paye, et je lui serre la main.

Hier soir, elle a dit "Bon...". Il y a eu un long silence, presque une minute. Je n'ai pas bougé. Puis "On va s'arrêter là."

Je me suis levé. J'ai payé. Elle m'a accompagné jusqu'à la porte et m'a serré la main.

"Je vous souhaite bonne route"

Je tremblais un peu. J'ai souri, je l'ai remerciée, et je suis sorti.

Ma psychanalyse est terminée.

vendredi 15 avril 2005
11:01 :: sigmundologie

Comment te dire adieu ?

Madame Sigmund est formidable. J'ai proposé hier de ne plus venir qu'une fois par semaine au lieu de deux. Je m'attendais à entendre que non, ce n'était pas le moment, qu'il y avait encore beaucoup de travail, toute cette sorte de chose.

Au lieu de ça, elle m'a simplement demandé mes raisons. Madame Sigmund est formidable. Je les ai données. J'ai atteint les objectifs que je m'étais fixé en commençant mon analyse. Je ne prends plus d'anti-dépresseurs. Je suis dans le même état que sous Deroxat sans Deroxat. Mieux même, car j'ai la satisfaction de savoir que mon humeur n'est pas chimiquement contrôlée. Je ne suis plus dépressif, la mélancolie perpetuelle m'a quitté. Je surmonte les difficultés sans les laisser m'engloutir. Je parle pour moi, plus en fonction de ce que je crois qu'on attend de moi. Je m'appartiens. Et d'autres choses, que je ne détaillerai pas ici, mais qui sont essentielles également.

Pepa Rubio - Segunda Mano (Diván)

Madame Sigmund est formidable. Elle m'a dit qu'avec une séance par semaine, pour elle, on n'était plus dans l'analyse, et qu'il fallait quitter le divan. Que j'avais de bonnes raisons, qu'il fallait juste qu'on prenne le temps d'en discuter et pas prendre une décision hâtive. Elle m'a demandé pourquoi réduire et pas arrêter.

C'est formidable une Madame Sigmund comme ça. Ca ne va pas de soi de se dire que le travail est presque fini. J'ai une hésitation, bien sûr, évidemment. Je m'accroche encore un peu, bien sûr évidemment. Je ne suis pas prêt à mettre un terme à cette relation là, unique, inédite, qui n'a pas d'équivalent (heureusement) dans la vie quotidienne.

Je vais prendre le temps, j'en ai plein de toute façon. Quelques semaines. Quelques mois. Quelques années ? Va savoir. En me levant du divan hier, j'avais A horse with no name dans la tête. Va donc savoir.

I've been through the desert on a horse with no name
It felt good to be out of the rain
In the desert you can remember your name
'Cause there ain't no one for to give you no pain

mardi 15 mars 2005
14:46 :: sigmundologie

Mes silences ont la parole

Je ne dis plus grand-chose à Madame Sigmund ces derniers temps. Elle ne s'en offusque pas. Je continue à venir la voir deux fois par semaine. Je m'allonge sur le divan, je me cale bien la tête sur le coussin, je regarde le plafond. J'attends. Quelques minutes. Parfois je sens que je m'endors un peu. Vautré comme ça, la tête vide, forcément, je glisse. Alors, comme si elle le sentait, elle se racle un peu la gorge.

- Mmmmmoui ? A quoi pensez-vous ?

(pause plus ou moins longue)
- A rien je crois. Enfin pas à rien. je pense qu'il ne faut pas que je m'endorme.
(variante : "je pense que je n'ai rien à dire")
- Huhu, ça n'est pas très facile en ce moment... je veux dire... parler... enfin... ici ?
(re-pause, hisoire de gagner du temps)
- Ca n'est pas difficile non plus. C'est juste... je suis vide, mais pas désemparé, hein, juste la tête vide.

Ca fini par me lancer, pas très loin, deux ou trois trucs qui sortent comme ça. Mais ça remplit un peu l'espace. Je n'ai pas le bonheur loquace. Jusqu'ici, même pas un petit rêve à lui filer en amuse-gueule. Il est loin le temps délicieux de mes cauchemards d'amputation. Les doigts coupés, un bras ou le nez, que des trucs phalliques. On riait bien tous le deux avec ça, ça nous tenait pour quelques séances.

Elle dit que même mes silences sont éloquents, qu'ils ont du sens, ici et maintenant. Enfin, ici et maintenant, ils ont surtout un coût si tu veux mon avis, mais ça je ne le dis pas, je suis trop bien élevé.

Ce soir, elle va être contente, ça fait deux nuits que je rêve de ma grand-mère. Ca ne m'étais pas arrivé depuis l'enterrement. Il y en a un dont je me régale à l'avance, je sens que cette chère Sigmund va en feuler de plaisir:

J'ai avec moi une pile de bouquins que je viens d'acheter. Je suis chez ma tante, avec mes cousines et on papote. On sait tous que ma grand-mère est morte, je veux dire par là que ce n'est pas un rêve où j'aurais évacué cet élément. Ma tante finit par me faire remarquer que c'est son anniversaire aujourd'hui et que visiblement, je n'y ai pas pensé. Ce n'est pas faux, et je panique un peu, sans le montrer. Puis je regarde mes livres, et bien sûr j'ai une idée de génie. J'en prends un dans le tas, et lui offre comme ça, l'air dégagé genre "pfffh, mais non voyons" en disant juste que je n'ai pas eu le temps de l'emballer. Elle l'attrape, regarde la couverture, et me le tends un peu énervée, "ah non, merci bien, mais vraiment ça suffit maintenant". Je lis le titre : "Mes remèdes de Grand-Mère". Je me réveille, et ça me fait ricaner cinq minutes.

vendredi 26 novembre 2004
23:16 :: sigmundologie

La gifle

Madame Sigmund aime bien appuyer là où ça fait mal. C'est son côté dominatrice-rêve-de-cuir qui ressort. C'est pour ça que je la paye. C'est pour ça qu'à certains moments, je la giflerais bien. Au fond je sais bien que c'est moi qui lui dit d'appuyer, je la supplie presque, parce que je ne sais pas me faire mal tout seul, j'ai besoin qu'on me donne un coup de main. Sur le visage.

On a parlé baffes aujourd'hui, les baffes propres et les baffes figurées. J'ai les joues bien rouges en sortant mais ce n'est rien, c'est juste mon inconscient qui prend son pied. Il aime bien me gifler de l'intérieur. Mais je tiens bon, je ne pleure pas. Même pas mal. De toute façon je ne pleure que s'il faut détapisser.

Je suis un garçon hanté, comme on dirait d'un manoir dans lequel se balade un fantôme. J'ai les escaliers qui grincent, les portes qui claquent toutes seules, les bougies qui s'éteignent sans le moindre vent, et à l'oreille une voix lugubre me murmure "va-t-en, tu n'es pas chez toi ici". C'est parce que je ne m'appartiens pas encore, mais j'y travaille. C'est comme dératiser ou virer les cafards, sauf qu'on ne voit jamais le parasite, alors ça prend plus de temps.

jeudi 4 novembre 2004
00:14 :: sigmundologie

De la peine à décoller

Depuis deux jours, je détapisse les murs du salon. En pleurant.

Pour une raison qui m'échappe encore, la vue des murs nus, fissurés, sales, fait monter des sanglots dans ma gorge. Alors je m'arrête. Et je pleure.

Inutile de dire que dans ces conditions, ça n'avance pas vite.

Inutile de dire que quand je lui raconte ça, Madame Sigmund a du mal à réprimer un soupir de contentement : il se passe enfin quelque chose qui devrait nous occuper un moment.

En attendant, j'ai un salon à moitié détapissé. Je ne sais toujours pas s'il sera peint ou re-tapissé : quand j'essaie de réfléchir à la question, je pleure.

(bien sûr je ne pleure pas vraiment *à cause* du papier peint. Ca n'a rien de rationnel. Il y a un truc tapi derrière. Les trous et les fissure dans les murs, c'est aussi dans ma tête, pas uniquement sous ma tapisserie. Et non, ce truc, je ne sais pas ce que c'est. Sinon, je n'en pleurerais pas, et ce billet n'existerait pas, et mon salon serait terminé, et...)

mur de mes lamentations

Ma vie était sans doute trop simple en ce moment. Il fallait bien que je trouve comment la compliquer. Donc je pleure en arrachant des morceaux de papier peint moche et en découvrant à chaque fois un peu plus du mur moche caché derrière. Je pleure en pensant que je ne vais jamais venir à bout du ridicule mini chantier que je me suis imposé.

Plusieurs fois ces deux derniers jours, je me suis dit "ho, une clope, juste une, allez".

Et puis "ho, du Deroxat, juste 6 mois de plus, allez"

Et puis non. Pas de clope. Pas de Deroxat. Je suis grand maintenant. Il paraît. Je ne me calfeutre plus. Il paraît.

mercredi 27 octobre 2004
10:51 :: sigmundologie

Le parfum

Bientôt ici un billet intéressant. Mais puisque j'ai dit bientôt, c'est pas pour aujourd'hui. Pour ça, il faudrait que j'aie quelque chose à dire et envie de le dire. Conditions qui peinent à être réunies ces derniers temps. Vous n'êtes pas obligés de lire la suite, c'est d'un intérêt limité.

Mâme Sigmund a fait son come back hier, plus glamour que jamais. Ce que j'aime bien, c'est qu'elle sent bon. Je ne suis pas très en phase avec la déco du cabinet, je ne trouve pas le divan parfaitement confortable,

(encore que, j'ai réussi à lui faire acheter un coussin supplémentaire. Qui osera dire qu'elle n'est pas à l'écoute après ça ?)
mais elle sent bon. C'est agréable mine de rien, rentrer dans une pièce où je vais déverser tant de choses nauséabondes issues de ma boite cranienne et être enveloppé par un parfum délicat, accueillant sans être agressif. C'est rassurant. Ca me protège de mes horreurs.

Et puis gardez bien à l'esprit que je passe mes journées à accueillir du public. Et que le public, souvent, ça pue. Ca sent la frite, ou la vieille transpiration, ou le déo bon marché. Souvent, les trois en même temps. Souvent aussi, ça a l'haleine très chargée le public. Dans ces cas là, ça te parle de très près et ça a plein de choses à te demander. Alors non, moi quand je vais chez Sigmunda, je veux qu'elle sente bon, pas qu'elle me rappelle les mauvais côté du boulot. Si elle fleurait bon le graillon et l'eau de toilette de supermarché, je suis sûr que mon analyse s'en ressentirait.

Vous êtes toujours là ? Et vous baillez ? Je vous avais prévenu pourtant. Ah, vous voulez savoir si je lui ai posé LA question : "Mais t'étais où Pomponnette ?". Oui.

Pas comme ça hein, je sais me tenir. J'étais prêt à utiliser des moyens détournés. Et ben même pas, j'ai dit que j'étais curieux, elle a dit que c'était normal, et elle m'a donné la raison de son absence. C'est aussi simple que ça. Si ça peut rassurer le roncier, ce n'était pas pour se débarasser de moi. Mais vous ne serez pas récompensés d'avoir tenu la lecture de ce billet jusqu'ici, je ne vais pas vous le dire. Juste parce que je n'ai pas envie, et que je suis en train de me rendre compte qu'ici je fais ce que je veux.

lundi 18 octobre 2004
10:24 :: sigmundologie

Urgence temporaire : fin du suspense

Madame Sigmund vient de rappeler : reprise des hostilités sur divan la semaine prochaine. Officiellement, je peux donc affirmer qu'une urgence temporaire correspond à une durée d'un mois et une semaine. Vous le saurez si jamais on vous fait le coup. Maintenant, le plus dur va être de résister au besoin impérieux de demander pourquoi elle avait disparu : demande inutile puisqu'elle ne répondra pas. Ou alors par un "et vous, quelle raison attribuez-vous à mon absence ?". Gnagnagna, c'qu'elle est prévisible quand même...

Le truc con, c'est que mon budget "psychanalyste [octobre]" (et même le "psychanalyste [novembre]" d'ailleurs) sont déjà dépensés. Rhalala, je vais redevenir pauvre moi.

mardi 5 octobre 2004
18:43 :: sigmundologie

State of me

Toujours pas de nouvelles de Madame Sigmund, la sainte femme qui a accepté de me pomper du fric pour que je me paluche les neurones sur son canapé. Grosso merdo, ça va faire 3 semaines - un mois. Elle est peut-être morte maintenant. Ou otage dans un pays balte. Ou en croisière sur le Pacific Princess, direction Puerto Valarta. Ou en pleine chimio pour un cancer du "ça". Ou capturée sur le vaisseau mère et cobaye d'une horde d'aliens visqueux. Tout ceci pouvant être considéré comme des urgences temporaires j'imagine.

Je ne peux pas dire que ça ne va pas. Elle a disparu de la circulation à un moment de mon analyse où je patinais tranquille. J'y allais par habitude, pas vraiment envie, pas vraiment pas envie. Je savais juste que je n'avais pas fini. Ces périodes floues font partie de l'analyse, comme les périodes où tout avance à pas de géants et celles où l'on refuse d'y aller.

Si je me regarde aujourd'hui, ce que je vois m'impressionne. C'est vrai, ne riez pas. Je ne prends plus d'anti-dépresseurs. Je gère ma vie comme je peux, mais je gère, c'est déjà énorme. Je prends des décisions. Je parle aux gens. Le monde extérieur n'est plus une agression perpétuelle. Je n'ai plus cette sensation de me cogner chaque fois que je fais un mouvement. Je n'attends plus systèmatiquement des autres qu'ils fassent les choses à ma place. La liste est longue, je m'arrête là pour cette fois.

Mais le sentiment actuel est indéfinissable. Je veux mon divan. J'ai quelques cauchemards à tripatouiller, quelques situations à déméler, quelques comportements à comprendre. J'ai pas fini. Vraiment pas.

(Madame Sigmund, si tu m'entends, reviens, il ne te sera fait aucun reproche)